Au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la transition, s’est, lors d’un discours devant les forces vives, montré très critique à l’encontre de ses voisins ivoirien et béninois, les accusant de vouloir déstabiliser son pays.
L’homme fort de Ouagadougou ne mâche pas ses mots. Il voit l’ombre de ce qu’il qualifie « d’impérialistes » qui veulent piller le Burkina derrière ces deux Etats. D’après lui, la Côte d’Ivoire a hébergé un centre d’opérations pour déstabiliser le Burkina. Une grave révélation qui pourrait raviver les tensions entre les deux pays, en froid depuis l’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré au pouvoir en septembre 2022.
Des tensions sont déjà vives dans la frontière entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. En mars dernier, cette frontière a été le théâtre d’un nouvel incident, dont les contours sont restés flous, entre soldats des deux pays. « Nous n’avons rien contre le peuple ivoirien, mais nous avons quelque chose avec ceux qui dirigent la Côte d’Ivoire », a déclaré le capitaine Ibrahim Traoré, qui promet de montrer des « preuves physiques ».
Et le Bénin ? Selon M. Traoré, Cotonou a hébergé deux bases françaises dans sa partie nord. Il affirme que ces bases seraient un « centre des opérations de terroristes, qui écument régulièrement le Burkina Faso ».
Si la Côte d’Ivoire n’a pas encore réagi, le Bénin a rejeté ces accusations. « Après le Niger, c’est au tour du Burkina-Faso d’emboucher cette trompette nauséeuse de désinformation qui alimente non le patriotisme, mais plutôt la rancœur des populations et menace à terme la coexistence pacifique des peuples », a déploré Wilfried Léandre Houngbedji, porte-parole du gouvernement béninois, dans une publication sur Facebook.
M. Houngbedji rappelle que le Bénin a mis, depuis 2022, en place des petits « camps militaires, appelés bases opérationnelles avancées, dans des communes frontalières du Burkina et du Niger pour contrer les attaques terroristes qui sont « l’œuvre de gens » venant de ces deux pays. « C’est l’hôpital qui se moque de la charité », a-t-il visiblement ironisé.
Arrivé au pouvoir à la faveur d’un putsch contre le colonel Paul-Henri Damiba, lui-même putschiste, le capitaine Ibrahim Traoré a fait de la souveraineté de son pays un point cardinal de sa gouvernance. Depuis, il a tourné le dos à la France en se rapprochant de la Russie.
Le Burkina, le Mali et le Niger, dirigés par de régimes militaires, se sont retirés de la Communauté économique des Etats ouest-africains, l’accusant d’être inféodée à Paris. Ces trois pays ont créé l’Alliance des Etats du Sahel.
Trésor Mutombo

