Mercredi 08 juin, la fondation Mozilla a accusé le réseau social TikTok de publier des vidéos propageant discours de haine, désinformation et menaces de violence ethnique avant les élections d’août au Kenya. Et pointe la plateforme des lacunes afin de supprimer ces contenus dangereux.
L’organisation à but non lucratif américaine a ainsi analysé 130 vidéos cumulant plus de 4 millions de vues sur le réseau TikTok, application la plus téléchargée au Kenya.
« La démocratie kényane porte une histoire entachée de violences post-électorales. En ce moment, la désinformation politique sur TikTok en violation des propres politiques de la plateforme agite ce paysage politique très instable », écrit l’auteur du rapport, Odanga Madung.
Selon Mozilla, beaucoup de vidéos contiennent des menaces explicites de violence ethnique ciblant des communautés basées dans la région de la vallée du Rift.
Une de ces vidéos, visionnée plus de 400.000 fois, prétend ainsi qu’un des candidats à la présidentielle déteste une communauté particulière et qu’il la prendra pour cible s’il arrive au pouvoir.
Cette vague de désinformation comprend également faux journaux télévisés, pages de journaux trafiquées et faux sondages.
« Le contenu cible des communautés spécifiques avec des menaces et utilise la violence passée comme un outil de peur », a indiqué le rapport, rappelant que des récits similaires avaient été colportés lors de l’élection de 2007, dont le résultat contesté a déclenché des violences post-électorales faisant plus de 1.100 morts.
Mozilla indique que TikTok a supprimé plusieurs vidéos et suspendu de nombreux comptes après avoir pris connaissance du rapport.
Dans une déclaration transmise à l’AFP, la plateforme, propriété du géant chinois ByteDance, assuré « interdire et supprimer la désinformation électorale, la promotion de la violence et d’autres violations de nos politiques ».
La société a également indiqué qu’elle « déploierait des fonctionnalités pour connecter les utilisateurs avec des informations faisant autorité sur les élections au Kenya ».
Les deux dernières élections kényanes ont été entachées d’accusations d’interférences via les réseaux sociaux.
D’après Mozilla, « les lacunes de TikTok en matière de modération (…) ne font que mettre de l’huile sur le feu ».
Un ancien employé de TikTok interrogé par l’organisation a affirmé que les modérateurs étaient souvent amenés à examiner des contenus, parfois sans connaître le contexte ou la langue utilisée.
« Plutôt que d’apprendre des erreurs de plateformes plus établies comme Facebook et Twitter, TikTok suit leurs traces, hébergeant et diffusant de la désinformation politique avant une élection africaine délicate », a estimé le rapport.
Les élections présidentielle, législatives et locales du 9 août sont scrutées de près dans ce pays d’Afrique de l’Est, où les scrutins ont à plusieurs reprises donné lieu à des violences.
La Rédaction

