En RDC, les élections sont censées se tenir le 20 décembre, selon le calendrier publié par la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Mais à l’approche des scrutins, le consensus peine à se dégager autour du processus électoral.
Mercredi 21 septembre. Salle du spectacle du Palais du peuple. La Céni a organisé un cadre de concertation avec des mandataires de partis et regroupements politiques. Et des acteurs de la société civile. L’organe électoral tente d’obtenir l’adhésion au processus électoral en cours. Denis Kadima, président de la Céni, a appelé des acteurs politiques à « s’impliquer dans le civisme électoral ». Ceux de la société civile à « véhiculer un message positif sur les élections ». Sans doute, la Céni se sait attendue.
Crise de confiance
Crispations du climat politique, contestation des résultats, crise post-électorale… De 2006 à 2023. La RDC s’apprête à vivre son quatrième cycle électoral. Mais chaque fois, ce processus connait une fin agitée. Au scénario répété. Pour le professeur Placide Mabaka Mukwabuhika, analyste politique congolais, les crises électorales sont le résultat « d’un manque de confiance dans les institutions d’appui à la démocratie, en l’occurrence la Céni ».
« Depuis l’entrée en vigueur de la Constitution du 18 février 2006, chaque cycle électoral a toujours été contesté. L’opposition reproche au pouvoir en place d’instrumentaliser la Céni et la Cour constitutionnelle. Bref, la fraude électorale serait planifiée en amont et en aval du processus électoral. En résumé, les crises sont la résultante de la Constitution des belligérants », explique l’analyste. Il est prématuré, dit-il, « d’évaluer le processus électoral en cours ». Même s’il se convainc que « les prochaines élections se tiendront en temps et en heure ».
Mais comment éviter des nouvelles crises post-électorales ? « Il faut restaurer la confiance dans les institutions de la République. Pour ce faire, le passage à la IVᵉ République s’avère incontournable. Aussi la mise en place d’une Constitution s’impose. C’est en tout cas ce que je propose depuis 2016 », prône l’analyste. Placide Mabaka indique avoir réitéré dans son ouvrage, en cours de parachèvement, intitulé « Une nouvelle Constitution pour la République démocratique du Congo ».
Climat politique
Alors que les élections approchent, il n’y a toujours pas de consensus autour du processus électoral. L’opposant Martin Fayulu reste de marbre. Pas question de participer aux élections sans « un nouvel audit du fichier électoral par un cabinet indépendant et crédible ». Mais la Céni n’entend pas faire marche arrière. D’après Denis Kadima, il n’y aura pas d’autre audit du fichier.
Le PPRD de Joseph Kabila, ancien président congolais, a boycotté le processus électoral. L’ancien parti présidentiel exige la recomposition du bureau de la Céni, mais aussi de la Cour constitutionnelle qu’il estime proche du président Tshisekedi. Entre-temps, le climat politique se crispe. L’opposant Moïse Katumbi, candidat déclaré à la présidentielle, livre un bras de fer avec le pouvoir. Les proches de l’opposant disent être victimes de « harcèlement politique et de chasse à la sorcière », évoquant notamment les arrestations de Salomon Kalonda et de Mike Mukebayi et l’assassinat de Chérubin Okende, ancien ministre congolais des Transports et porte-parole d’Ensemble, retrouvé mort dans sa jeep.
« La capacité managériale du processus électoral relève de la capacité des autorités politiques, du pouvoir organisateur des élections, qu’est la Céni, des acteurs politiques et toutes les prenantes à introduire les facteurs collectifs pour que le processus électoral ne puisse pas connaître le sort de trois cycles électoraux précédents », affirme Jérôme Bonso, expert des questions électorales et secrétaire permanent d’Agir pour des élections transparente et apaisées (Aeta).
La vérité des urnes
La Céni, d’après lui, doit s’investir dans « l’éducation civique et électorale, inviter les parties prenantes (partis politiques) à sensibiliser leurs militants ». Il déplore tout de même la campagne électorale précoce. Jérôme Bonso affirme que « des acteurs politiques de l’opposition et de la majorité commencent à mettre des affiches et pancartes avec des messages de la campagne électorale ».
Pourtant, cela devait être règlementé par le Conseil supérieur de l’audiovisuel et communication (Csac), selon l’expert électoral. M. Bonso parle en homme averti. Surtout après les différentes crises post-électorales en RDC.
Transparence
« Cette fois-ci, nous lançons le message à la Céni de proclamer les résultats qui reflètent la vérité des urnes. Et, que la Cour constitutionnelle ne se comporte pas comme lors des élections de 2011 et 2018. Qu’elle fasse nette distinguo entre la vérité pour constater la régularité du processus des opérations électorales. Si tous ces éléments sont réunis dans un environnement de transparence, nous pensons que les conflits post-électoraux seraient évités », croit Jérôme Bonso.
Pendant ce temps, le train des élections poursuit son bonhomme de chemin. A la tribune de la 78ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations-Unies, le président Tshisekedi a assuré que « les élections auront bel et bien lieu ». Les états-majors de partis politiques se préparent. Samedi 23 septembre, la Céni a, dans un communiqué, publié la liste définitive des candidatures à la députation nationale. Selon l’organe électoral, sur 242 requêtes déposées auprès de la Cour constitutionnelle, 141 ont été jugées recevables et fondées, 43 recevables et non fondées et 68 irrecevables.
Entre-temps, le dépôt des candidatures pour la présidentielle se poursuit et va se clôturer le 8 octobre prochain. Jusque-là, Matata Ponyo, ancien Premier ministre devenu sénateur, et Constant Mutamba, se sont lancés dans la course, en déposant leurs candidatures. Franck Diongo, allié au président Tshisekedi devenu son opposant, devra déposer sa candidature ce mercredi.
Trésor Mutombo

