Ethiopie : sur le marché au khat d’Aweday, saison morose pour «l’or vert»

Le khat, « on l’appelle l’or vert », sourit Ramadan Youssouf dans sa boutique de la localité éthiopienne d’Awedaye, au sein de ce qui est décrit comme l’un des plus importants marchés au monde de cette plante euphorisante.

 

« On l’utilise le matin pour se réveiller. Et si tu +mâches+, tu ne seras jamais malade », assure le négociant en khat, les yeux écarquillés sous l’effet des feuilles qu’il mastique à pleine bouche.

 

Mais cette année, l’ambiance est morose sur le marché et dans les champs alentour : le khat rapporte moins que d’habitude. « Les affaires ne sont pas bonnes », grimace Mohamed Ibro, négociant de 45 ans, « les prix sont trop bas » car la saison sèche qui s’est achevée en avril a été inhabituellement arrosée et le khat est surabondant.

 

Les négociants se plaignent aussi de la multiplication des taxes sur le commerce du khat et du récent durcissement des conditions d’obtention d’une licence commerciale pour les exportateurs.

 

Dans la longue enfilade des boutiques de tôle de ce marché situé à une dizaine de kilomètres de la ville d’Harar, dans l’est de l’Éthiopie, le commerce bat néanmoins son plein. Larges fagots verts ou ballots sur l’épaule, des hommes se bousculent dans les étroites allées.

 

Produit d’exportation

 

Les cultivateurs soumettent leur récolte aux négociants qui l’examinent, soupèsent et discutent le prix. Des liasses de billets changent de main. Ici, pas de balance, ni de cours officiel, les prix sont négociés à chaque transaction.

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« Mes mains sont ma balance », sourit Saada, commerçante trentenaire, en soupesant un bouquet de plusieurs kilos. Ses tiges épaisses encore rosées et l’intensité du vert des feuilles sont un signe de qualité supérieure, dit-elle, en vérifiant que des feuilles plus médiocres n’y ont pas été camouflées.

 

« On gagne de l’argent, mais ce qu’on gagne, on le mange », en raison de l’inflation galopante des produits alimentaires, déplore Iftu, solide négociante « d’environ 50 ans » qui commande d’une voix forte à plusieurs employés.

 

Largement consommé dans cette partie de l’Éthiopie, le khat – dont un consommateur lambda mâche environ 250g par jour – est notamment vendu en sachets à chaque coin de rue d’Awedaye. Mais la plante est surtout l’un des principaux produits d’exportation de l’Éthiopie et une grande partie des fagots du marché part vers Wajale, ville-frontière à cheval entre l’Éthiopie et le Somaliland, province somalienne autoproclamée indépendante depuis plus de 30 ans.

 

Entre 2019 et 2022, la plante a représenté environ 10% de la valeur des exportations nationales, selon les chiffres de la Banque centrale. Sur l’année 2022-2023 (le calendrier éthiopien court de septembre à septembre), elle en représentait 6% (217,17 millions de dollars).

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Grise mine

 

Harar fut longtemps réputé pour son café. Mais ces quatre dernières décennies, le khat a remplacé les caféiers sur les flancs des collines entourant la ville. La région d’Harar et les zones voisines de l’Est-Hararghe et de l’Ouest-Hararghe concentrent la moitié des 281.000 hectares de champs de khat que compte l’Éthiopie. Et le 1,1 million de foyers qui y cultivent la plante font cette année eux aussi grise mine.

 

Youssouf Mume a depuis longtemps coupé ses manguiers et remplacé ses plants d’arachide, sorgho, maïs et café par du khat. « Le khat a besoin de plus d’attention », notamment de beaucoup d’eau, « mais on gagne plus d’argent », explique le septuagénaire dans son champ de quelques hectares. « Mais actuellement, ça ne vaut pas le coup ».

 

A la sortie d’Awedaye, les arbustes du champ d’Hawa dépassent désormais les deux mètres, car la quinquagénaire avoue ne plus récolter les feuilles pour le moment.

 

Les prix sont trop bas, dit-elle, et sa dernière livraison de 1,5 kg n’a pas trouvé preneur chez les négociants du marché. « Quand l’année est bonne, on peut gagner 150.000 birr (environ 2.600 dollars) », dit-elle. Une somme importante au regard des très faibles salaires en Ethiopie. Mais depuis septembre, « on n’a vendu que 30 kg », contre près de 200 kg les bonnes années, déplore-t-elle.

 

AFP/Sahutiafrica

 

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