Kenya : tension à Nairobi après la présentation du budget par le gouvernement

A Nairobi, capitale kenyane, plusieurs centaines de personnes ont manifesté contre les violences policières après la présentation du budget par le gouvernement ce jeudi 12 juin.

 

Le Kenya est une puissance économique régionale, fortement endettée auprès des bailleurs étrangers. Sa population dénonce une montée en flèche du coût de la vie, dans un marché de l’emploi stagnant, et une élite politique impliquée dans de multiples scandales de corruption.

 

Le projet de loi de finances de 2024, qui prévoyait d’augmenter les taxes sur les biens de consommation courante, avait dans ce contexte provoqué une énorme colère. Des milliers de manifestants avaient pris d’assaut le parlement le 25 juin 2024, forçant le président William Ruto à retirer le texte.

 

Au moins 60 personnes avaient été tuées lors de semaines de manifestations en juin et juillet 2024. Les groupes de défense des droits humains affirment que des dizaines d’autres ont été illégalement détenus par les forces de défense dans la foulée, dont certaines ne sont jamais réapparues.

 

«Tuer l’un des nôtres»

 

Jeudi, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés dans la capitale, notamment pour protester contre les violences policières suite à la récente mort en cellule d’un professeur de 31 ans, Albert Ojwang, que contre le projet de loi de finances.

 

« Vous ne pouvez pas tuer l’un des nôtres en prison et attendre qu’on ne fasse rien », a déclaré Tiffany, 22 ans. « Nous venons nous battre pour notre pays », a affirmé Tupac Thuku, 21 ans, alors que les forces de l’ordre tiraient des grenades lacrymogènes sur les manifestants.

Lire aussi :  Au Kenya, la justice donne 21 jours à Meta et à ses modérateurs de contenu pour résoudre leur conflit à l’amiable

 

Au moins trois personnes ont été blessées par des balles en caoutchouc, a constaté un journaliste de l’AFP. Deux voitures ont aussi été incendiées et des pierres lancées.

 

Le gouvernement a pour sa part joué la carte de la prudence. « Pour regagner la confiance publique, nous avons renforcé la participation citoyenne dans toute la formulation des politiques, y compris l’élaboration du budget », a expliqué au parlement le ministre des Finances John Mbadi.

 

Plutôt que d’augmenter les taxes directes appliquées aux consommateurs, l’exécutif s’est davantage concentré sur les entreprises, tout en cherchant à réduire les dépenses publiques et à fermer les échappatoires fiscales pour augmenter ses revenus.

 

A l’instar de nombreuses nations africaines, le Kenya est lourdement endetté auprès des batteurs étrangers. Le paiement des intérêts de ses emprunts dépasse les budgets de la santé et de l’éducation.

 

« Le projet de loi de finances de cette année cherche, en comparaison avec celui de l’année dernière, à éviter la controverse », observe Patricia Rodrigues, du cabinet de conseil Contrôle des Risques. Mais il sera « difficile pour de nombreuses entreprises de l’accepter, car il inclut des augmentations potentielles des impôts sur le revenu et des contributions sociales », ajoute-t-elle.

 

La Banque mondiale a réduit ses prévisions de croissance pour le Kenya de 5% à 4,5% pour 2025. Le pays cherche actuellement un nouvel accord avec le Fonds monétaire international, ce qui signifie qu’un éventuel nouveau prêt ne sera pas inclus dans le budget.

Lire aussi :  Kenya : un tribunal rejette une contestation visant à bloquer les cultures génétiquement modifiées

 

Moins susceptible de provoquer des manifestations que celui de 2024, le budget à venir n’en suscite pas moins déjà une certaine désapprobation, que les autorités s’emploient à faire taire.

 

Démission

 

Fin mai, la développeuse d’une plateforme critique le projet de loi de finances 2025 – car il entraînera, selon elle, une baisse du pouvoir d’achat et une augmentation des violations de la vie privée – a été arrêtée plusieurs jours, puis poursuivie pour cybercriminalité.

 

Alors que la répression des voix discordantes s’accroît dans le pays, Albert Ojwang, qui avait signalé en ligne le numéro deux de la police kenyane, Eliud Kipkoech Lagat, a été retrouvé mort en cellule ce week-end, quelques heures après son arrestation.

 

La police a d’abord annoncé un suicide, avant que des médecins légistes n’invalident cette thèse, évoquant « blessure à la tête, compression du cou, et (…) d’autres blessures sur tout son corps qui pointe vers une agression ».

 

Cinq policiers ont été suspendus, et l’affaire, qui indigne dans le pays, a fait réagir jusqu’au président Ruto, qui a déclaré mercredi un décès « déchirant et inacceptable ». Les manifestants de jeudi ont demandé la démission d’Eliud Kipkoech Lagat. Vingt personnes sont mortes en détention ces quatre derniers mois, a indiqué devant l’Assemblée nationale Issak Hassan, qui dirige l’Autorité indépendante de surveillance de la police kenyane.

 

AFP/Sahutiafrica

Les plus lus

RDC/Nord-Kivu : plus de 338 accidents recensés à Beni en 2024  

Plus de 338 accidents de la route ont été enregistrés dans la ville de Beni, dans l’est de la RDC, en 2024, selon un...

RDC/ Élections 2023 : la CENI fait un état des lieux du processus électoral

A l’approche des élections, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a fait un état des lieux du processus électoral lors d’un cadre-concertation avec des...

«Répression du phénomène Kuluna en RDC : Entre populisme, science juridique et réinsertion sociale» (Tribune de...

En RDC, les autorités ont lancé l’opération « Ndobo » pour endiguer le phénomène kuluna, banditisme urbain qui sévit à Kinshasa. Jugés en audiences foraines, certains...

RDC/Football : Belinda Luntadila Nzuzi prend les commandes du Conor

En RDC, Belinda Luntadila Nzuzi, est nommée présidente du Comité de Normalisation (Conor) de la Fédération congolaise de football association (Fecofa) par la Fédération...

Sur le même thème

Madagascar : les manifestants ne faiblissent pas la pression

Ce mardi 30 septembre, des centaines de protestataires se sont rassemblés à Antananarivo pour réclamer le départ du président Andry Rajoelina, essuyant des tirs...

Burkina Faso : Ibrahim Traoré confirme l’interpellation de six fonctionnaires ivoiriens

Dimanche 28 septembre, le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la transition au Burkina Faso, a confirmé l’interpellation de six fonctionnaires ivoiriens pour avoir franchi...

Présidentielle au Cameroun : début de la campagne électorale

Au Cameroun, où le scrutin présidentiel est prévu le 12 octobre, la campagne électorale s’est offerte ce week-end avec les rassemblements politiques des principaux.   Le...

Ouganda : Bobi Wine célèbre la validation de sa candidature à la présidentielle

En Ouganda, l’opposant Bobi Wine a célébré la validation de sa candidature pour la présidentielle de janvier 2026 lors d’une manifestation à Kampala, la...

RDC : «je continue de considérer Vital Kamerhe comme un allié…» (Félix Tshisekedi)

Au lendemain de la démission de Vital Kamerhe à la tête de l’Assemblée nationale, le président Tshisekedi assure qu’il le considère toujours « comme son...