La Cedeao appelle le Burkina Faso, le Niger et le Mali à rester dans le bloc régional

La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (Cedeao), fracturée par de multiples crises, a appelé vendredi à la « réconciliation » avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger tout en les exhortant à rester dans le bloc régional.

 

La Cedeao enjoint ces trois pays à « prioriser le dialogue et la réconciliation » tout en soulignant la nécessité de favoriser la voix de « la diplomatie et de l’unité face aux défis régionaux », a indiqué l’organisation dans un communiqué à l’issue d’une réunion ministérielle d’urgence convoquée jeudi à Abuja, la capitale du Nigeria.

 

« Le choix de ces trois pays de quitter la Cedeao n’entraînerait pas seulement des difficultés pour leurs populations, mais saperait également les efforts d’intégration régionale », a déclaré le président du Conseil de médiation et de sécurité du bloc régional, Yusuf Maitama Tuggar, avant de les enjoindre à « ne pas partir ».

 

L’annonce la semaine dernière du retrait burkinabè, nigérien et malien de la Cedeao, suscite l’inquiétude de centaines de milliers de ressortissants de ces pays, particuliers ou commerçants. La Cedeao garantit en effet aux citoyens des 15 pays membres de pouvoir voyager sans visa et de s’établir dans les pays membres pour y travailler ou y résider.

 

Outre l’annonce de ces trois Etats où les gouvernements civils ont été renversés par des coups d’Etat militaires successifs depuis 2020 de quitter le bloc régional, la session extraordinaire de la Cedeao a été décidée après la décision du président sénégalais Macky Sall de reporter de dix mois l’élection présidentielle, mais aucune mention de cette crise ne figure dans le communiqué final de vendredi.

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Omar Alieu Touray, le président de la Commission de la Cedeao, a qualifié la crise sénégalaise, née du report surpris de la présidentielle du 25 février au 15 décembre, de « développement inquiétant » avant de lancer un appel à l’unité des pays membres.

 

Après la réunion de jeudi, le président de la Commission de la Cedeao a indiqué à l’AFP que le Conseil n’avait pas discuté de la constitutionnalité du report de la présidentielle sénégalaise.

 

« Nous devons déterminer la constitutionnalité ou la non constitutionnalité (de ce report) avant de prendre ou d’imposer des sanctions », a-t-il ajouté. « Cela doit être fait et nous n’en avons pas discuté », a-t-il assuré.

 

«Malheureux»

 

L’un des pouvoirs dont dispose la Cedeao est d’imposer de lourdes sanctions économiques, comme elle l’a fait à l’encontre du Mali et du Niger à la suite des récents coups d’Etat. Les experts estiment toutefois que le Sénégal est encore loin de ce stade.

 

L’annonce du retrait des trois pays sahéliens est « malheureux », a de son côté indiqué jeudi le président béninois Patrice Talon. « Cela m’a beaucoup peiné. J’ai parlé avec l’un des trois chefs d’’Etat concernés et je lui ai dit que ce n’était pas bien ».

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« Cette décision pénalise les peuples » et « il n’y a pas de conflits entre les peuples de la Cedeao », a-t-il souligné. Des ministres sénégalais ont assisté à la réunion de jeudi, contrairement à leurs homologues du Burkina, Mali, Niger et Guinée, suspendus de la Cedeao après des putschs.

 

La Cedeao avait demandé mardi au Sénégal, réputé comme un des bons élèves de l’organisation, de rétablir « de toute urgence » le calendrier de la présidentielle.

L’Union européenne, s’alignant sur la Communauté ouest-africaine, avait à son tour appelé à revenir au 25 février. Un autre allié, les Etats-Unis, a jugé illégitime le vote ajournant l’élection.

 

Ces partenaires du Sénégal ont exprimé leur inquiétude devant le risque de troubles, mais aussi devant le coup porté à la pratique démocratique dont le Sénégal est volontiers cité comme un exemple dans une région où se succèdent les putschs et les faits accomplis.

 

« Nous entendons bien ce message », a dit mercredi soir depuis le Nigeria le ministre sénégalais des Affaires étrangères Ismaïla Madior Fall à la télévision française France 24, « mais nous privilégions aujourd’hui la logique politique interne ».

 

AFP/Sahutiafrica

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