La marche du Sapeur (Lettre de Bruxelles)

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J’ai vu un sapeur. Oui, je l’ai vu.  Etonnant n’est-ce pas ? Je l’ai reconnu par cet accoutrement hors du commun que l’on admire sous les crépitements des flashes de photo, sur les tapis rouges des défilés de mode. Je l’ai reconnu par cette démarche si particulière : la main gauche en poche, le bras droit ballant en un mouvement qui rappelle les nageurs dans les bassins olympiques ; le torse légèrement penché tel la tour de Pise, admiration des touristes.

J’ai vu ce sapeur, habillé en noir. Un pantalon bien repassé, qui s’arrête au niveau des chevilles. Une superbe paire de chaussure qui semble claquer à chaque choc avec le bitume. Sa veste au pan asymétrique, lui donne des airs d’acteur de cinéma. Mon sapeur, arbore un chapeau tout aussi exotique.

Je ne suis pas le seul à avoir vu l’homme chic descendre la rue Malibran, à Bruxelles. Certainement les autres passants l’ont vu. Si moi j’ai reconnu un sapeur, les autres passants ont continué leur chemin. Le comble pour un homme en séance d’apparat nature. Et pourtant, c’est quasiment la norme de nos jours. Hormis le défilés incessants des ambulances, les demandes des passages des politiques sur les chaussées embouteillés de Bruxelles, plus rien ne semble préoccuper les Bruxellois.

Je m’approche du dandy et l’interpelle : «Mon cher, très beau ton costume. J’aime beaucoup». J’ai vu de la lueur dans ses yeux. Je devine un sourire derrière son masque. Il n’est plus le commun des passants. On l’a vu, on l’a reconnu. Et on l’a dit. Il m’envoie un très vif : «Merci, toi au moins tu es un connaisseur». Puis il s’éloigne requinqué, sapé comme jamais, à la quête d’un autre compliment.

Je suis un connaisseur. Je connais ce qu’est être bien habillé. Plutôt, je reconnais une personne bien habillé. Je ne pense pas être le seul à le connaître en ce moment. J’ai été le seul, à cet instant où je lui ai parlé, à le lui faire part. Car il suffit de tendre l’oreille, le seul mannequin qui intéresse tout le monde est la Covid19. Il s’invite partout, dans toutes les conversations. Il fait la Une de l’actualité. Les enfants en parlent plus que des prochaines vacances d’automne.

Toutes nos particularités se taisent pour laisser place à la conformité: suivre les consignes des autorités pour participer à l’effort contre le coronavirus. Néanmoins, un sursaut d’humanité s’éveille en nous, soldats sanitaires. Un sursaut d’humanité, comme reconnaître ce sapeur, cet homme si particulier qui ne demande qu’une chose: qu’on le regarde, qu’on le reconnaisse, malgré tout et en dépit de tout. Le sapeur se veut porteur de gaieté et vulgarisateur du beau vestimentaire.

A bientôt.

Nzau Lembe

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