Le Bénin et le Niger dans l’impasse diplomatique

Les relations diplomatiques entre le Niger et le Bénin sont dans une impasse, alors que Niamey continue de refuser de rouvrir sa frontière avec son voisin béninois.

 

La junte au pouvoir au Niger depuis juillet 2023 refuse toujours catégoriquement de rouvrir sa frontière avec son voisin béninois, accusé de fomenter des plans de déstabilisation. Le Bénin tente d’arrondir les angles pour sortir de l’impasse, en vain. « Ceux qui souffrent, ce sont les populations des deux pays », déplore Ibrahim Abou Koura, transporteur nigérien établi à Cotonou, la capitale béninoise.

 

Régulièrement, le chef du régime militaire nigérien, le général Abdourahamane Tiani, qui revendique une politique souverainiste, accuse le Bénin d’abriter des « bases militaires françaises » qui formaient des djihadistes en vue de déstabiliser son pays.

 

Fin mai, il a répété que la « frontière avec le Bénin reste fermée », en précisant que le « combat n’est pas contre le Bénin » mais « contre les troupes françaises de déstabilisation qui sont sur le territoire béninois et qui peuvent nous nuire ».

 

Conséquence : depuis deux ans, le volume des échanges humains et commerciaux entre les deux pays s’est considérablement réduit. « Les bus peinent à se remplir. L’engouement n’est plus le même », regrette Ibrahim Abou Koura, dans la cour déserte de sa concession du quartier de Zongo, où il stockait autrefois toutes sortes de marchandises provenant ou allant vers les grandes villes nigériennes.

 

Dans ce quartier de Cotonou, les travailleurs des compagnies de transport assurent toutefois que les déplacements sont toujours possibles. Car, si la frontière terrestre est fermée, le fleuve Niger qui sert de frontière naturelle reste un lieu de passage fréquent.

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« Les marchandises passent et les voyageurs traversent le fleuve pour continuer le trajet en bus du côté du Niger », explique Alassane Amidou, un résident de la ville frontale de Malanville (Bénin).

 

Mais pour les camions qui ne peuvent passer sur l’eau, de périlleux détours par le Burkina Faso et des zones infestées de combattants djihadistes sont devenus obligatoires. « Le corridor Niger-Bénin est aujourd’hui le plus sécurisé, le plus rentable et le plus court pour les transporteurs et les opérateurs économiques », soutient Gamatié Mahamadou, secrétaire général d’un consortium de syndicats de chauffeurs routiers nigériens, à Niamey.

 

Il plaide pour que le régime militaire « normalise immédiatement les relations avec le Bénin. Il en va de la sécurité des travailleurs, de l’économie nationale ».

 

«Bon espoir»

 

L’acheminement crucial du pétrole nigérien vers le port béninois de Sèmè-Kpodji, perturbé pendant de longs mois par la situation, a repris fin 2024 via le pipeline qui traverse les deux pays. L’uranium du Nord nigérien reste quant à lui bloqué, en attendant une alternative ou une sur le front diplomatique.

 

Face aux accusations nigériennes, le Bénin continue de nier toute velléité de déstabilisation et de tendre la main à son voisin. Il y a un an, deux anciens présidents béninois, Thomas Boni Yayi (2006-2016) et Nicéphore Soglo (1991-1996), étaient allés tenter de convaincre le général Tiani d’un retour à la normale des rapports, sans succès.

 

Début juin, le ministre des Affaires étrangères béninois, Olushegun Adjadi Bakari, a dit espérer « des perspectives de reprise conditionnées par des mesures de sécurité ».

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« Nous avons bon espoir que cela se règle rapidement (…) Le blocage n’est pas au niveau du Bénin. Il faut accepter le fait que nous ne soyons pas sur la même longueur d’onde parfois… La porte reste ouverte », a-t-il déclaré à des médias locaux.

 

Un nouvel ambassadeur béninois à Niamey pourrait par ailleurs être prochainement nommé pour remplacer Gildas Agonkan, qui avait discrètement été rappelé mi-février après avoir, « au nom de tous les Béninois, au nom des autorités du Bénin, demandé pardon au peuple nigérien ».

 

En attendant 2026 ?

 

« Les excuses en direction du peuple nigérien ont été perçues à Cotonou comme une fragilisation diplomatique du pays (le Bénin) dans cette crise », estime Guillaume Moumouni, spécialiste des relations internationales. « Le prochain ambassadeur doit être quelqu’un de grande réputation et qui connaît suffisamment le Niger pour susciter de la confiance et du respect ».

 

Le Bénin, qui assure n’accueillir aucune base militaire étrangère, subit une intensification des attaques jihadistes sur son propre sol depuis le début de l’année et déplore le manque de coopération avec ses voisins sahéliens minés par les attaques.

 

« Le fait de ne pas pouvoir parler directement avec ses voisins renforce l’état de vulnérabilité du Bénin », confirme Lassina Diarra, directeur de l’institut stratégique de recherche de l’Académie de lutte internationale contre le terrorisme, en Côte d’Ivoire.

 

Le Bénin doit élire un nouveau président en avril 2026. Peut-être une opportunité pour reprendre « des négociations sérieuses », avance M. Moumouni.

 

AFP/Sahutiafrica

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