Alors que la prochaine audience est fixée au 23 avril prochain consacrée à la poursuite de l’examen de l’affaire Bukanga Lonzo, Matata Ponyo, ancien Premier ministre congolais, devenu député national, boycotte de se présenter devant la Cour Constitutionnelle.
À deux jours du procès, Matata Ponyo fait volte-face et annonce qu’il ne comparaîtra plus devant la Cour constitutionnelle. Dans une lettre adressée au président de la haute Cour, Matata Ponyo, justifie sa décision en se référant à la position de l’Assemblée nationale, dont il est membre en tant que député.
Il invoque la plénière du 17 avril 2025, au cours de laquelle l’Assemblée nationale aurait constaté que les poursuites engagées contre lui sont inconstitutionnelles et violent le règlement intérieur de l’Assemblée. « il est indiqué que je me conforme à la position de mon institution, l’Assemblée nationale, la seule institution constitutionnellement habilitée à décider de la levée ou non des immunités parlementaires, pour me permettre de comparaître ou pas devant votre Haute et prestigieuse Cour», a-t-il écrit.
Lundi 14 avril, le procès a repris après plusieurs reports et péripéties. L’affaire oppose le ministère public à l’ancien Premier ministre, à l’ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo, Déogracias Mutombo, et à l’homme d’affaires sud-africain, Kristo Grobler. Ils sont accusés de détournement de fonds publics liés au projet agro-industriel de Bukanga Lonzo, un projet phare du gouvernement congolais.
Le procès a connu un démarrage difficile. Initialement prévu depuis le début du mois de mars, il avait été reporté en raison de l’absence des accusés. Mais leurs avocats ont invoqué un défaut de convocation. Le procureur général John Moke Mayele avait alors dénoncé une manœuvre dilatoire, soulignant la nécessité de ne pas céder aux « caprices » des accusés.
Cette affaire porte sur des accusations de détournement portant sur un montant total de 205 millions USD. Ces fonds étaient destinés au développement d’un parc agro-industriel, censé garantir la sécurité alimentaire du pays. Matata Ponyo, ainsi que l’ancien gouverneur de la banque centrale Déo Gracias Mutombo et le gérant de la société Africom, sont accusés d’être à l’origine de la débâcle du Parc agro-industriel de Bukanga, où au moins 205 millions de dollars auraient été dilapidés.
Mais, depuis le début de l’affaire, Augustin Matata Ponyo clame son innocence et dénonce un procès politique. La défense a toujours argué que les fonds ont été utilisés conformément aux objectifs du projet. Il affirme ainsi que la procédure actuelle est réputée irrégulière, illégale et inconstitutionnelle. Pour Matata, il est obligé de se plier à l’option de l’institution parlementaire.
Lors de l’audience présidée par Dieudonné Kamuleta Badibanga, la Cour constitutionnelle s’est montrée intéressée par la confirmation du décaissement de 204 millions USD par le Trésor public en faveur de la société Africom. Elle était chargée de la gestion du parc agro-industriel. Cette somme est au cœur des accusations portées par le ministère public.
Pour l’heure, cette annonce intervient après que la Cour constitutionnelle a rejeté, lors de l’audience du 14 avril, l’exception d’incompétence soulevée par la défense et avait promis d’entamer l’examen du fond du dossier.
Ephraïm Kafuti

