Des magasins fermés. Des centaines d’épiceries piétinés ou pourris jonchent le long du tunnel du marché Matadi Kibala. Ce jeudi 03 février, sous un ciel nuageux menaçant une nouvelle pluie à Kinshasa, capitale de la RDC. La veille, la coupure d’un câble électrique de la ligne haute tension, à la suite de l’onde de choc provoquée par la foudre, au milieu d’une pluie qui s’est abattue. A la retombée du fil sectionné sur une surface boueuse et marécageuse, le pire a été impossible. Ce drame a fait au moins vingt-six morts, dont majoritairement des femmes. Les vendeurs sont-ils disposés à aller ailleurs ?
« Où voulez-vous qu’on aille ? Le gouvernement est appelé à nous trouver une place meilleure que celle-ci. Nos sœurs sont mortes brusquement, elles ne s’attendaient pas à cet incident. Je vends des produits agricoles depuis des années. Et nous payons des taxes auprès des autorités. Dans chaque tronçon de l’ancien marché vendu aux expatriés par le gouvernement, nous ouvrons nos marchandises pour vendre très tôt le matin. Nous cherchons de quoi à vivre pour nos familles », confie à Sahutiafrica Ma Ngalula, de teint clair et la cinquantaine révolue. Elle vend des aubergines et des tomates.
Selon Charles, la trentaine et rescapé du drame, aucune autorité n’avait procédé à l’interdiction de vendre dans ce couloir du marché de Matadi Kibala. « Depuis toujours, ce tronçon est rempli d’eau quand il pleut. Le dégât aurait dû être catastrophique. Mais le fil sectionné a été accroché à une matière plastique (PVC). Et cela a permis de ne pas atteindre d’autres épiceries », dit-il. Avec ses blessures au niveau des mains, il est toujours atteint par cet évènement tragique auquel il a assisté.

Ma Emilie, propriétaire d’une épicerie du coin, apparaît sans voix devant le tronçon du lieu de l’incident. « Que Dieu soit loué, seul lui qui a permis à ce que cela se produise. J’allais aussi mourir, mais il me laisse parmi les vivants », souffle-t-elle.
Qu’en est-il de la décision du gouvernement du déplacement du marché Matadi Kibala ?
« On ne peut pas tout rejeter à la tête du gouvernement, mais les autorités ont délocalisé ce marché en face de la route de Matadi il y a plus de dix ans. Le mal est que certaines vendeuses préfèrent toujours rester là. Avec comme raison, les clients sont habitués à cet endroit », relate Christian, la trentaine et habitant du quartier.
Marcel, un des conseillers de l’administrateur du marché Matadi Kibala, regrette le gouvernement réagit tardivement. « Dire que construire sous les pylônes est la cause de ce drame, c’est chercher les poux sur la tête d’un chauve. Le gouvernement doit plutôt avoir une agence de prévention des risques. Malheureusement, le même gouvernement octroie des permis de construire aux personnes sans respect des principes de l’urbanisme », déclare-t-il.
Après ce drame survenu au marché de Matadi Kibala, les autorités devront accélérer le processus de sa délocalisation, conformément à une des résolutions de la trente-cinquième réunion du Conseil des ministres de janvier dernier en vue de prévenir d’autres incidents. En effet, il a été décidé de la mise en place d’une équipe de travail chargée de réaliser une étude de faisabilité en vue de la construction d’un grand centre logistique à Matadi Kibala pour faire le stockage et la commercialisation des produits agricoles.
Ali Maliki

