Après le discours de Joseph Kabila, ancien chef de l’Etat devenu opposant, accusant le régime du président Tshisekedi de « dérive dictatoriale et de mauvaise gouvernance », le camp présidentiel a répliqué.
En mettant fin à 6 ans de silence, l’ancien président a sévèrement critiqué la gestion de son successeur. Il pointe sa responsabilité dans la crise actuelle dans l’est de la RDC, où les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, contrôlent de vastes territoires et les deux principales villes de la région du Kivu. Mais la réaction du camp présidentiel n’a pas tardé.
« Pathétique ! J’ai eu l’impression qu’il venait à peine de sortir d’un coma profond de 6 ans ! Au réveil, il croit toujours être le président-monarque de la RDC. Quelle vaste blague ! Dans aucun pays au monde, un ancien président ne peut se comporter de la sorte ! C’est aberrant ! », a réagi avec sarcasme Jean-Pierre Lihau, ministre de la Fonction publique et proche du président Tshisekedi. Il voit mal le fait que Joseph Kabila se présente en « donneur de leçons » après 18 ans d’un long règne absolu et stérile ».
Depuis la rupture de la coalition FCC-CACH, les relations entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi se sont visiblement dégradées. 6 ans après son départ du palais de la Nation, l’ancien chef de l’Etat affirme avoir décidé de briser le silence pour parler au nom de plus de cent millions de Congolais « en danger ». Joseph Kabila dit être un patriote inquiet de la « descente aux enfers » de la RDC, arguant qu’il avait laissé « pacifier, réconcilier et doter d’institutions stables ».
Joseph Kabila a accusé directement le pouvoir en place de dérives autoritaires et d’atteintes graves aux principes républicains. Il a aussi dénoncé « une gouvernance populiste, démagogique, discriminatoire » et fustigé une justice « instrumentalisée ».
Sa sortie médiatique est intervenue après la levée de ses immunités parlementaires au Sénat après un réquisitoire de l’auditeur général des Forces armées de la RDC accusant Joseph Kabila de « participation à un mouvement insurrectionnel » et de « crime de guerre ». Après plus d’un an d’exil, Joseph Kabila est entré en RDC à partir de Goma, contrôlé par les rebelles du M23.
Dimanche, Augustin Kabuya, secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti présidentiel, a traité Joseph Kabila de sujet « rwandais ». Pour lui, ils n’ont pas de leçon de démocratie à recevoir de la part de l’ancien président.
« Kabila n’est pas Congolais, qu’il laisse les Congolais traiter leurs problèmes entre eux. Lui, un sujet rwandais qu’on nous a imposé au pouvoir, doit laisser les Congolais tranquilles », a déclaré Augustin Kabuya, évoquant les personnes tuées par les autorités dans des manifestations durant le règne de M. Kabila.
En RDC, le climat politique ne cesse de se crisper. La démarche du tandem Cenco-Ecc pour un dialogue national ne fait pas encore l’unanimité. Si les figures voyantes de l’opposition ont donné leur accord, la coalition au pouvoir continue de bouder cette démarche. Toutefois, les appels pour un dialogue national se multiplient.
La Rédaction

