Sénégal : «…il faut établir le dialogue entre Macky Sall et Ousmane Sonko» (Alioune Tine)

Figure de proue de la coalition F24 contre le projet du troisième mandat, Alioune Tine, fondateur d’Afrikajom Center, se confie à Sahutiafrica après la décision du président Macky Sall de renoncer à se présenter à la présidentielle de 2024.

Au Sénégal, le président Macky Sall, élu en 2012 et réélu en 2019, a renoncé à briguer un troisième mandat. Sa décision était attendue. Sans doute, le chef de l’État sénégalais dissipe le flou qui crispait le climat politique, déjà tendu. S’il a mis fin au suspense à l’issue d’un dialogue politique, l’opposant Ousmane Sonko, condamné à deux ans de prison ferme pour corruption de la jeunesse, reste inéligible. Debut juin, sa condamnation a produit les troubles les plus graves depuis des annees au Senegal, faisant 16 morts selon les autorites, 24 selon Amnesty international et 30 selon l’opposition. Alioune Tine prône un nouveau dialogue. Pour lui, il faut établir le dialogue entre le président Macky Sall et Ousmane Sonko, son farouche opposant, pour décrisper le climat politique. Entretien.

Sahutiafrica : Comment réagissez-vous après cette décision du président Macky Sall ?

Alioune Tine : Je n’étais pas très surpris, mais j’ai senti quand même une grande délivrance. Je pense que c’est un sentiment partagé par l’écrasante majorité des Sénégalais. On a senti également beaucoup de fierté parce que l’on était un peu inquiet. On a vécu une expérience inédite en termes de tensions, d’incertitudes, de violences… Cela fait que lorsque nous avons entendu cette nouvelle ici au Sénégal, en Afrique et dans le monde, on se dit, eh voilà ! Le Sénégal se ressaisit (sourire). C’était une très bonne nouvelle pour tout le monde.

SA : Le président Macky Sall a-t-il reculé face à la pression ?

AT : Moi, je vais tout le temps au-delà de la pression. Il y a eu des pressions évidentes. Sur le plan interne, il y a beaucoup de pressions de la part de son propre parti et de sa coalition. En derriere ressort, c’était à lui seul de prendre la decision. Et, il n’a pas dit qu’il va briguer un troisième mandat. Ce qui aurait créé un chaos et l’instabilité dans le pays. En disant qu’il a fait appel à son code d’honneur, comme vous l’avez dit, parce que chez-nous, la parole donnée vaut de l’or. Et, surtout pour une autorité, c’est extrêmement important. On se dit bien voilà. C’est le ressort de ce que l’on peut appeler effectivement la sublimation, qui lui permet de se dépasser et de renoncer à briguer un troisième mandat. Je pense que c’est un bon ressort endogène et local, mais aussi pour dire, je n’y vais pas. Cela n’a pas de prix à l’heure actuelle pour nous Sénégalais, mais aussi pour la sous-région parce que la question du troisième mandat, c’est un enjeu qui a fait beaucoup de dégâts, notamment en Guinée Conakry. En Côte d’Ivoire, il y a eu beaucoup de morts. A chaque fois que l’on parle du troisième mandat en Afrique de l’Ouest, il y a beaucoup de tensions. Donc, qu’il ait pu l’éviter pour le Sénégal, c’est une bonne chose.

SA : Cette décision va-t-elle décrisper le climat politique actuel qui est tendu ?

AT  : Absolument ! Je pense que c’est une bombe qui vient d’être désactivée. Maintenant, ce n’est pas encore fini. La polémique continue entre lui et Sonko, qui n’est pas assuré de participer aux élections en dépit de sa popularité. C’est ça qui fait l’objet, aujourd’hui, d’inquiétudes et de crispation. Mais, je pense que l’on a encore sept mois. On est à sept de la présidentielle, peut-être qu’un autre miracle va se passer. En tout cas, on l’espère.

SA : La condamnation d’Ousmane Sonko à deux ans de prison ferme pour « corruption de la jeunesse le rend inéligible ». Est-ce une inquiétude ?

AT : Je pense qu’il est encore en train de réfléchir avec ses avocats pour trouver une solution légale qui lui permettra d’être candidat. Il faut que l’on suive avec intérêt. Déjà, c’est fait dans le cadre du dossier qui l’opposait à Mbay Niang. Maintenant, il faut attendre le reste. De mon point de vue, il faut espérer trouver une solution légale et pacifique, mais aussi espérer une solution politique par le dialogue. Je pense que d’ici les mois avenirs, peut-être que l’on sera édifié.

SA : Lors du dialogue politique organisé par le président Macky Sall, les cas de Khalifa Sall et Karim Wade ont été évoqués, mais pas celui d’Ousmane Sonko. Comment réagissez-vous ?

AT  : Le dialogue politique, c’est tout un appel. Il y a des acteurs, qui se sont présentés. Nous-mêmes, Afrikajom Center,on y a participé. Il faut dire que les conditions n’étaient pas totalement réunies pour permettre une participation sereine d’une partie de l’opposition parce qu’il y avait beaucoup de gens, qui étaient en prison. C’était aussi un moment de radicalisme. Je pense qu’aujourd’hui, il faut faire en sorte que le dialogue s’établisse entre l’opposition et le pouvoir. Et, surtout, entre Sonko et le président Macky Sall. Des bonnes volontés vont y travailler. Peut-être que d’ici à sept mois, on finira par trouver une solution.

SA : Faut-il aller à un autre dialogue politique ?

AT : J’ai préconisé un deuxième dialogue politique. C’est vrai que les gens ne voient pas les choses de cette façon. Des solutions comme ça, il faut persister et continuer à argumenter. Le président de la République a intérêt à la remontée démocratique, auquel on assiste, à rester au top. Puis en faire en sorte effectivement de réconcilier les Sénégalais et de garantir une paix et une stabilité qui soient durables. Il s’agit, bien sûr, de partir en laissant un Sénégal pacifié, réconcilié et stable. C’est le souhait que l’on a et l’on va y travaille.

Lire aussi :  Sénégal : près de sept militaires pris en otage en Casamance relâchés

SA : Vous étiez parmi une de figures de proue contre le projet d’un troisième mandat du président Macky Sall à travers la coalition F24. Aujourd’hui, cette coalition va-t-elle continuer ses actions ?

AT : J’en suis membre fondateur. J’attends effectivement que les représentants le plus légitimement s’expriment. Pour le moment, je pense qu’il faut attendre. Peut-être qu’ils vont tirer des leçons et s’exprimer dans les prochains jours. Je ne peux pas parler à la place des représentants légitimes de F24.

Entretien réalisé par Trésor Mutombo

Les plus lus

Sénégal : le parlement s’oppose à la dépénalisation de l’homosexualité

Le parlement sénégalais a rejeté la proposition de loi qui demande la criminalisation de l’homosexualité dans le pays. Le bureau de l'Assemblée nationale l'a...

L’Onu appelle à l’aide urgente face la menace de la famine au Soudan

Face à la famine et le risque de la malnutrition qui menacent au Soudan, déchiré par la guerre, les Nations unies ont appelé à...

En Tanzanie, les principaux dirigeants de Chadema relâchés

Arrêtés avant un rassemblement interdit, les principaux dirigeants de Chedema, parti d’opposition, ont été libérés ce mardi 13 août.   Il s’agit Freeman Mbowe, Tundu Lissu,...

Est de la RDC : l’UA appelle au retrait de rebelles du M23 à Bukavu

Les combattants du M23 alliés à des troupes rwandaises ont pris le contrôle dimanche de Bukavu, grande ville de l'est de la République démocratique...

Sahel : des ONG livrent la stratégie sécuritaire des autorités

Jeudi 16 juin, un collectif d'ONG sahéliennes et ouest-africaines a livré l'approche essentiellement sécuritaire des autorités maliennes, burkinabé et nigériennes qui met à mal la...

Sur le même thème

Madagascar : les manifestants ne faiblissent pas la pression

Ce mardi 30 septembre, des centaines de protestataires se sont rassemblés à Antananarivo pour réclamer le départ du président Andry Rajoelina, essuyant des tirs...

Burkina Faso : Ibrahim Traoré confirme l’interpellation de six fonctionnaires ivoiriens

Dimanche 28 septembre, le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la transition au Burkina Faso, a confirmé l’interpellation de six fonctionnaires ivoiriens pour avoir franchi...

Présidentielle au Cameroun : début de la campagne électorale

Au Cameroun, où le scrutin présidentiel est prévu le 12 octobre, la campagne électorale s’est offerte ce week-end avec les rassemblements politiques des principaux.   Le...

Ouganda : Bobi Wine célèbre la validation de sa candidature à la présidentielle

En Ouganda, l’opposant Bobi Wine a célébré la validation de sa candidature pour la présidentielle de janvier 2026 lors d’une manifestation à Kampala, la...

RDC : «je continue de considérer Vital Kamerhe comme un allié…» (Félix Tshisekedi)

Au lendemain de la démission de Vital Kamerhe à la tête de l’Assemblée nationale, le président Tshisekedi assure qu’il le considère toujours « comme son...