Soudan : mobilisation antiputsch pour une date anniversaire sous haute tension

Ce jeudi 6 avril, Khartoum a des airs de ville morte au début d’une journée de mobilisation pour marquer l’anniversaire de deux révoltes qui ont fait tomber des présidents putschistes dans ce pays d’Afrique du Nord-Est presque toujours dirigé par des militaires.

Un appel à manifester a été lancé mercredi par le bloc civil historique des Forces de la liberté et du changement (FLC), après le nouveau report de la signature de l’accord de sortie de crise entre civils, militaires et paramilitaires censé relancer la transition démocratique après le putsch d’octobre 2021.

Jeudi, des dizaines de blindés quadrillent la capitale, barrent les ponts qui mènent à ses banlieues et encerclent le palais présidentiel vers lequel convergent toujours les manifestants. Et les autorités ont même décrété un jour férié.

Car le 6 avril est une journée particulière dans ce pays dirigé quasiment en continu par des généraux depuis son indépendance en 1956. Il marque deux anniversaires majeurs pour le mouvement civil : ceux de révoltes qui en 1985 puis en 2019 ont à 34 ans d’écart fait tomber deux présidents putschistes.

En 2019 justement, quand l’armée limogeait l’un des siens, Omar el-Béchir, et promettait de démanteler sa dictature militaro-islamiste sous la pression de la rue, les manifestants massés devant le QG de l’armée réclamaient « la liberté, la paix et la justice ».

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Ils vont scander ce slogan à nouveau jeudi, ont prévenu les FLC, coalition née dans le sillage de la révolte anti-Béchir. En 2019, alors que le pays, l’un des plus pauvres au monde, entamait son retour dans le concert des nations et se lançait sur la voie de la transition vers la démocratie après trente année de dictature, les FLC formaient même un gouvernement civil de transition, censé s’effacer lors des premières élections libres.

Mais le 25 octobre 2021, alors qu’approchait l’échéance de la remise du pouvoir alors partagé entre civils et militaires, aux seuls civils, le chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Burhane, a brutalement refermé la parenthèse démocratique.

Il a mené un putsch, raflant à l’aube la quasi-totalité des ministres et responsables civils. Depuis, le Soudan n’a cessé de s’enfoncer un peu plus dans le marasme politique et surtout économique, car la communauté internationale a cessé toute aide après le 25 octobre 2021.

Rivalité entre militaires

Un an plus tard, bon an mal an, civils, militaires et paramilitaires ont repris le chemin des négociations et ils avaient même promis de signer le 1er avril un accord-cadre censé faire revenir le partage du pouvoir.

Repoussée une première fois à jeudi, sa signature l’a de nouveau été dans la nuit « en raison de la reprise des pourparlers entre militaires », ont indiqué tard mercredi les FLC.

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« Les négociations ont progressé sur plusieurs points mais une dernière question doit encore être finalisée », poursuivent-elles, celle des modalités de l’intégration des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) aux troupes régulières, selon des experts.

Car ce n’est plus désormais le conflit entre civils et militaires qui maintient le Soudan dans l’impasse mais la rivalité entre le général Burhane et son second, le général Mohamed Hamdane Daglo, dit « Hemedti », à la tête des ex-miliciens de la guerre du Darfour désormais regroupés dans les FSR.

Lors d’une allocution à la nation pour l’anniversaire du 6 avril 1985, le général Burhane a assuré que « les parties oeuvraient désormais sans relâche pour achever les discussions sur les points en suspens ». « Le report de la signature n’a été fait que dans le but de créer un cadre solide », a-t-il encore dit.

Sans une fois de plus convaincre la rue, qui appelle à manifester dans « tous les chef-lieux du pays » contre les militaires et « le retour de l’ancien régime », dont de nombreux cadres ont retrouvé leurs postes dans l’administration à la faveur du putsch de 2021. Et ce, malgré une répression qui a fait 125 morts, selon des médecins pro-démocratie.

AFP/Sahutiafrica

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