Au Tchad, l’opposant Succès Masra a écopé de 20 ans de prison devant le tribunal de grande instance de N’Djamena samedi 9 août.
Que reproche-t-on à l’ancien Premier ministre ? Alors qu’il clame son innocence, Succès Masra a été reconnu coupable de « diffusion de message à caractère haineux et xénophobie » ainsi que de « complicité de meurtre » dans le cadre du drame de Mandakao, où quarante-deux personnes ont été tuées dans des violences intercommunautaires en mai dernier.
L’opposant devra aussi s’acquitter d’une amende de 1,5 millions d’euros. Mais cette condamnation a provoqué l’ire de ses partisans, qui ont manifesté quelques minutes après la sentence. Pour Francis Kadjilembaye, coordonnateur des avocats de M. Masra, leur client a fait l’objet d’une humiliation et d’une ignominie. Il dénonce une condamnation sur un dossier vide sur la base de supputations et en l’absence de preuves.
A 41 ans, Succès Masra est la figure voyante de l’opposition au Tchad. Depuis 2018, il a forgé son image sous la présidence à l’époque d’Idriss Déby, père de l’actuel chef de l’Etat. Il a connu l’exil avant de rentrer au Tchad, où il a occupé les fonctions de Premier ministre cinq mois avant la présidentielle de mai 2024. Un scrutin remporté dès le premier tour par Mahamat Idriss Déby avec plus de 60% des suffrages.
Depuis mai dernier, le leader du parti Les Transformateurs est en détention. Tout est parti d’un conflit intercommunautaire sanglant en mai. La justice a mis en avant un message audio, présenté comme datant de 2023, pour incriminer Succès Masra. « Apprenons-nous les uns et les autres à utiliser une arme à feu (…), soyons tous des boucliers protecteurs », aurait dit l’opposant, selon une traduction en français du message en langue ngambaye, rapporté l’AFP.
Pour l’heure, les militants du parti Les Transformateurs gardent espoir, malgré ce verdict. Tout comme Succès Masra, qui est apparu souriant lorsque le juge prononçait la sentence. « Je suis en prison et je vous retrouve très bientôt », a rapporté la lette de M. Masra, lue par Claude Hoinaty, une des vices présidentes de cette formation politique.
La Rédaction

