Tension RDC-Rwanda : «…il y aura dénouement en fonction de rapports de force sur le terrain militaire» (Patrick Mbeko)

Alors que le ton ne cesse de monter entre Kinshasa et Kigali sur fond d’accusations mutuellement de torpiller l’accord de Luanda, Patrick Mbeko, spécialiste des questions géopolitiques et auteur de plusieurs ouvrages sur les conflits armés en Afrique, ne s’attend pas à « un dénouement de cette crise sur le plan diplomatique sans un changement des rapports de force sur le terrain militaire ».

« Tant que le Rwanda, à travers le M23, aura une ascendance sur la RDC, il continuera à imposer ses désidératas. Aussi longtemps que la RDC sera faible, elle devra subir ou se contenter d’une alliance régionale (force régionale Est-Africaine déployée dans l’est de la RDC pour stabiliser la région) qui ne réglera pas la problématique du fond. La RDC doit d’abord renverser les rapports de force sur le terrain militaire avant de s’imposer sur le terrain diplomatique. Il y aura dénouement en fonction de rapports de force sur le terrain militaire », explique Patrick Mbeko à Sahutiafrica.

Échec de la médiation angolaise ?

Luanda, capitale angolaise, mercredi 23 novembre. Ce jour-là, Kinshasa et Kigali trouvent un accord à l’issue d’un mini-sommet sous la médiation angolaise pour tenter de mettre fin aux tensions dans l’est de la RDC et après l’échec d’un précédent accord de cessez-le-feu conclu en juillet 2022. Les parties s’accordent pour exiger le retrait des rebelles du M23 « des zones occupées et leur repli dans leurs positions initiales ». Mais le M23, accusé d’avoir massacré une centaine de civils à Kishishe, boude cet accord dans un premier temps. Finalement, ce groupe armé a annoncé qu’il est prêt pour se retirer.

Pour l’armée congolaise et la société civile du Nord-Kivu, c’est un leurre. En fait, Kinshasa avait laissé jusqu’au 15 janvier aux groupes armés, dont le M23, pour quitter toutes les zones occupées. Faute de quoi les autorités congolaises privilégieraient le recours à l’option militaire, avec l’appui de la force régionale de la Communauté des États d’Afrique de l’est (EAC). Depuis, ce délai est dépassé. Mais les groupes armés n’ont toujours pas déposé les armes. Les rebelles du M23, quant à eux, occupent toujours, selon des sources, leurs positions.

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«Les deux pays n’ont pas la même lecture des événements»

Kinshasa voit le M23 comme « un mouvement terroriste soutenu par le Rwanda ». Des accusations que Kigali, qui accuse l’armée congolaise de coaliser avec les rebelles rwandais FDLR, a toujours niées. Même si un rapport d’experts onusiens confirme le soutien du Rwanda à cette rébellion, dont la résurgence a brouillé ses relations, souvent agitées avec la RDC, voisine. Jusqu’où peut aller ce bras de fer ? Selon Patrick Mbeko, les deux pays n’ont pas la même lecture des événements.

Il indique que « cette différente perception de la question sécuritaire dans l’est de la RDC fait que les deux parties ne peuvent s’entendre ». « Les rebelles disent que le fait de se retirer ne donne pas le droit au gouvernement congolais de venir le remplacer. Ils contestent l’autorité du gouvernement congolais sur les territoires qu’ils contrôlent. En même temps, le gouvernement congolais conteste au M23 le droit de décider dans les positions que le gouvernement doit avoir sur une étendue qui relève de la souveraineté de la RDC », décrypte l’analyste.

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Déjà un faux pas dans la médiation du Qatar ?

Le Qatar, fort de ses excellentes relations avec les deux pays, tente à son tour de mener une médiation. Une rencontre devrait même avoir lieu à Doha entre le président Paul Kagame et son homologue congolais le 23 janvier. Mais le président Tshisekedi a décliné l’invitation. Pour quelle raison ? Selon Africa Intelligence, le désistement du chef de l’État congolais fait suite à des craintes au sommet de l’État d’une supposée « manœuvre dilatoire » de M. Kagame dans la crise sécuritaire autour des rebelles du M23. Cette réunion, qui devait se tenir en présence de chefs d’État angolais, burundais et kenyan ainsi que de son prédécesseur, Uhuru Kenyatta, a été finalement annulée.

« Je pense que le Qatar ne pourra pas décrisper la tension. D’autres ont déjà tenté de le faire avant lui. Notamment des pays occidentaux qui ont sous-traité les pays de la région. Tout ça n’a rien donné parce que le Rwanda a son agenda. Et la RDC conteste cet agenda. Je ne vois pas ce que le Qatar proposera de nouveau que les autres », affirme Patrick Mbeko.

Les combats ont repris sur le front entre les FARDC et les rebelles du M23. Le mardi 24 janvier, le Rwanda a accusé un avion de chasse de la RDC d’avoir violé son espace aérien, ce que Kinshasa a démenti et a qualifié l’attaque de son avion de chasse « d’un acte de guerre ». Entre-temps, les canaux de discussions, tant diplomatique que sécuritaire, sont désormais éteints entre Kinshasa et Kigali, dont les relations ne ressemblent pas à un fleuve tranquille.

Trésor Mutombo

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