Depuis la publication des résultats des élections générales de décembre 2023, on est dans une configuration politique inédite en RDC. Le champ politique n’est plus binaire : pouvoir versus opposition. Les membres de la majorité présidentielle (USN) sont en train d’entrer dans une compétition larvée en interne et dans un jeu de séduction vis-à-vis du Président de la République pour au finish se positionner pour les différents postes de responsabilité.
Des usines à fantasme se forment dans une logique de prédation qui risque d’aboutir à la formation d’un gouvernement où les membres ne partagent aucune conviction idéologique commune mais vont s’attribuer des salaires exorbitants au détriment de la population. Malheureusement, cela intervient dans un contexte tendu où la guerre fait rage à l’Est du pays et l’insouciance totale de ces acteurs vis-à-vis des enjeux géopolitiques du pays est manifeste. Les préoccupations de la population restent le cadet des soucis de la classe politique.
Sur un autre registre, depuis le 1er cycle électoral amorcé en 2006 en RDC, dans le cadre de sa nouvelle constitution, pour devenir sénateur ou gouverneur de province, on observe la prolifération des pratiques malsaines et toxiques, qui sont presque institutionnalisées et devenues banales. Comme les sénateurs et les gouverneurs de province sont élus au second degré par les députés provinciaux (qui sont eux élus au scrutin direct), les candidats sénateurs et gouverneurs utilisent à grande échelle la corruption (ou acceptent de partager chaque mois leurs émoluments avec ces députés provinciaux).
Cette préoccupation concernant les pratiques malsaines et corrompues liées aux élections en RDC reflète les défis auxquels le pays est confronté en matière de gouvernance politique. Les élections justes et transparentes sont essentielles pour le bon fonctionnement de la démocratie et le développement d’un pays.
Pour mettre fin à cette triste réalité, dans un pays déjà gangrené par la corruption, la masse critique politique et la société civile éclairés doivent avoir le courage de mener des réformes indispensables pour arrêter l’hommage de la vertu au vice.
Nous proposons ci-dessous quelques voies de sortie pour améliorer le fonctionnement du système politique :
1. Réforme du système électoral :
• L’une des mesures clés pour lutter contre la corruption liée aux élections en RDC serait de réformer le système électoral. L’instauration d’un mode de scrutin direct pour toutes les élections. Cela pourrait effectivement contribuer à réduire la corruption, car cela éliminerait le besoin pour les candidats de soudoyer les députés provinciaux pour obtenir leur soutien.
• La mise en place de mécanismes de surveillance et de contrôle plus efficaces lors des élections, tels que des observateurs nationaux et internationaux indépendants, pourrait également aider à garantir la transparence et la légitimité du processus électoral.
2. Éducation civique et sensibilisation :
• Il est important de sensibiliser la population congolaise à l’importance de participer activement aux élections et de faire des choix éclairés. Une population bien informée est moins susceptible d’être influencée par la corruption. Ceci est plus le travail de la société civile et des organismes de socialisation (institutions d’enseignement à tous les niveaux, famille, etc.)
• Les campagnes de sensibilisation et d’éducation civique peuvent contribuer à renforcer la conscience démocratique et encourager les citoyens à élire des représentants qui agiront dans l’intérêt public.
3. Renforcement des institutions :
• Il est essentiel de renforcer les institutions responsables de l’organisation des élections en RDC, telles que la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Des institutions solides et indépendantes peuvent jouer un rôle crucial dans la tenue d’élections justes et transparentes.
4. Réduction des coûts :
• Une réforme du système électoral visant à organiser des élections générales uniques pourrait effectivement contribuer à réduire les dépenses liées aux élections.
Une autre pratique malheureuse observée depuis 2006 est cette tendance à aligner systématiquement des membres de famille comme suppléants des candidats députés; cette pratique qui fait désormais partie de la culture politique renforce malheureusement les tares comme le népotisme ou le tribalisme dans le pays.
Cela peut avoir des conséquences néfastes sur la représentativité, la transparence et la légitimité du processus électoral. Cette situation est regrettable pour le système politique congolais puisqu’il aboutit à l’établissement d’une inaptocratie dans le pays. Ce néologisme, composé de « inapte » et du grec « kratos », pouvoir, autorité vient de l’anglais ineptocracy, et désigne un gouvernement dirigé par des incapables, des incompétents, les inaptocrates.
Mettre fin à la pratique consistant à aligner systématiquement des membres de la famille comme suppléants des candidats députés en RDC nécessitera des réformes législatives, une sensibilisation accrue et un engagement politique en faveur de l’éthique et de la transparence dans la politique. Cela contribuera à renforcer la confiance des citoyens dans le processus électoral et à promouvoir une culture politique plus saine.
Voici quelques points à considérer pour mettre fin à cette pratique et promouvoir une culture politique plus saine :
1. Législation électorale :
• Envisager de réviser la législation électorale pour interdire explicitement la nomination de membres de la famille comme suppléants. Une telle interdiction peut décourager cette pratique.
2. Sensibilisation à l’éthique politique :
• Mener des campagnes de sensibilisation pour promouvoir l’éthique politique et expliquer pourquoi il est important de mettre fin au népotisme et au tribalisme dans la politique. Sensibiliser les candidats, les partis politiques et les électeurs sur les conséquences négatives de ces pratiques.
3. Promotion de la méritocratie :
• Encourager la promotion de la méritocratie au sein des partis politiques en mettant l’accent sur les compétences, les qualifications et les capacités des candidats plutôt que sur leurs liens familiaux ou tribaux.
4. Renforcement des partis politiques :
• Les partis politiques jouent un rôle clé dans la sélection des candidats. Encourager les partis à élaborer des critères de sélection transparents et à promouvoir la diversité au sein de leurs candidats.
5. Transparence dans les candidatures :
• Exiger que les candidats déclarent publiquement leurs liens familiaux lorsqu’ils se présentent aux élections. Cette transparence peut aider les électeurs à prendre des décisions éclairées.
6. Renforcement des institutions de contrôle :
• Veiller à ce que les commissions électorales aient le pouvoir de surveiller et de sanctionner les infractions à la législation électorale, y compris les cas de nomination de membres de la famille comme suppléants en violation des règles.
7. Engagement citoyen :
• Encourager la participation citoyenne et la vigilance dans le processus électoral. Les citoyens peuvent jouer un rôle actif en signalant les cas de népotisme et de tribalisme aux autorités compétentes.
En conclusion, la lutte contre la corruption et l’amélioration du système électoral en RDC nécessiteront des réformes profondes, de l’éducation civique et un engagement soutenu de la part des citoyens et des acteurs politiques. Les expériences d’autres pays offrent des leçons importantes à prendre en compte lors de la conception de réformes spécifiques pour la RDC.

