Un dimanche. Le 04 janvier 1959. Les militants de l’Alliance des Bokongos (Abako) sont en colère après l’annulation du meeting de leur leader prévu à l’espace Ymca à Léopoldville (actuelle Kinshasa), capitale congolaise. Ces militants sont rejoints par une foule des supporters de l’équipe Vita Club, qui sortait du stade Roi Baudouin où leur équipe venait de perdre face à Mikado. Des manifestations éclatent. La force publique réprime dans le sang ces manifestations aux allures d’une insurrection populaire. 63 ans après, que reste-il de l’héritage des martyrs de l’indépendance ?
« Il n’y a pas d’héritage légué par les martyrs de l’indépendance. Cela s’explique par le fait que, l’homme congolais est resté depuis toujours dépendant de ses bourreaux », confie Stanis Menji, la trentaine et assistant d’une université à Kinshasa. Il estime « qu’il est temps que les congolais comprennent le sens du combat des martyrs de l’indépendance : résister vis-à-vis de l’oppresseur et défendre sans failles les intérêts de leur patrie », dit-il.
« Cette indépendance a-t-elle été bénéfique pour nous ?. Le Congo indépendant va très mal que le Congo sous la colonisation belge », lâche Aimé Kayembe.
Le 4 janvier, une date de prise de conscience
Pour Serges Mayamba, activiste du mouvement citoyen Filimbi, cette date doit être celle de la prise de conscience. « Le peuple congolais ne s’est jamais libéré et n’a non plus été réellement indépendant sur plusieurs aspects (économique, politique, culturelle, sociale…). Nous dépendons toujours de l’Asie et de l’Occident malgré nos richesses et nous sommes dictés par des ambassades sur notre démarche politique, en faisant du copier-coller des lois occidentales, plusieurs autorités sont prises en otage par les occidentaux. Mais également nos us et coutumes sont remplacées par celles des occidentaux », regrette-t-il.
Des sources officielles font état de quarante-neuf personnes tuées, pendant que d’autres sources affirment que l’action répressive menée par la force publique aurait fait des centaines de victimes. Ces victimes, sont-ils célébrés comme martyrs de l’indépendance ?
«L’histoire doit enseigner à nos enfants le mérite de cette indépendance»
« Ils sont reconnus que par la date, mais leurs noms n’ont jamais été repris dans les livres d’histoire du pays. Plusieurs personnes n’ont jamais compris jusqu’à présent le sens de cette journée du 4 janvier 1959. Cela doit nous conscientiser mais malheureusement, ce n’est pas le cas », déclare Michelle Mbungu, la cinquantaine et mère de famille.
Selon Ngoie, enseignante d’une école publique à Lubumbashi, « le gouvernement doit faire plus que déclarer cette journée fériée ». « L’histoire doit enseigner à nos enfants le mérite de cette indépendance. Les morts de cette journée doivent être reconnus et non seulement être englobés par le mot martyrs de l’indépendance. Aidons la jeune génération à connaître l’élément déclencheur de l’indépendance de notre beau pays », relate-t-elle.
La République Démocratique du Congo commémore chaque année les émeutes du 4 janvier 1959. Cet événement tragique a précipité le pays vers l’indépendance acquise 18 mois plus tard, le 30 juin 1960.
Ali Maliki

