Discours du roi Baudoin suivi du président Joseph Kasa-Vubu. Diatribe inattendue de Patrice Emery Lumumba. Incident diplomatique. Le 30 juin 1960, ce jour-là, la RDC accède à l’indépendance. 62 ans après, certains Congolais gardent encore des souvenirs de cette journée qui a marqué un tournant dans l’histoire politique de l’ancien Congo-Belge.
De teint bronze et cheveux blancs, Jérôme Dimbumba est encore élève lorsque la RDC accède à l’indépendance. Il est parmi des élèves choisis pour défiler lors de la cérémonie officielle devant le roi Baudoin. « Pour les élèves, qui n’étaient pas choisis pour défiler, ce jour-là, en présence du roi, c’était comme une malchance », confie tout souriant M. Dimbumba, septuagénaire et membre de l’Alliance des Bakongo (ABAKO), parti du premier président congolais Jospeh Kasa-Vubu.
La joie et l’euphorie du 30 juin
Il parle de la journée du 30 juin avec enthousiasme. Et comme si c’était hier. « Déjà, la veille de la journée du 30 juin, il y a une joie indescriptible. Et ceux qui avaient des fusils tirés en l’air pour exprimer leur joie. A cette époque, il n’y a pas des pétards. C’était un événement comme lorsque les Léopards (sélection congolaise) ont remporté la coupe. Il y avait l’euphorie et l’engouement », relate-t-il.
Chemise blanche, cheveux blancs aussi, Honoré Zanga Magbeta parle doucement. Et parait judicieux dans le choix de ses mots. A l’époque élève, il affirme avoir eu « le sentiment d’être libre ». « Je suis rentré dans presque tous les endroits réservés aux blancs : Pergola, les cinés etc. Il était interdit d’entrer là-bas. On ne s’arrêtait qu’à la citée », témoigne-t-il.
Discours tranchant de Lumumba
« Ce jour-là, on avait la joie d’être devenu libre. C’était comme une personne emprisonnée, qui venait de quitter son lieu d’incarcération. Cette personne peut avoir quel plaisir ? Parce qu’on était vraiment bloqué dans certaines choses et on n’était orienté que dans la religion », ajoute M. Magbeta avec sa voix rauque.

Le 30 juin 1960. La cérémonie officielle se déroule dans la grande salle du Palais de la Nation. Arrivé la veille, le roi des Belges rend hommage à « l’œuvre conçue par le génie du roi Léopold II et continuée avec persévérance par la Belgique » dans son discours. Puis, l’intervention du président Kasa-Vubu, rendant un hommage appuyé à la Belgique. Ce qui incite Patrice Emery Lumumba, chef du gouvernement, à intervenir. Sans être invité le protocole.
Le roi Baudoin frustré
« Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir parce que nous étions des nègres. Cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, un Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier, cependant, que c’est par la lutte qu’elle a été conquise », lâcha Patrice Lumumba. La foule exulte. Frustré et irrité, le roi Baudoin se sent humilié.

« Le Premier ministre a improvisé un discours sorti de sa poche. Le roi Baudoin demande au président Kasa-Vubu, mais que se passe-t-il ? Le président Kasa-Vubu lui dit qu’il ne comprend rien. C’est là que commence le désordre politique dans notre pays », raconte Jérôme Dimbumba. Ce septuagénaire dit n’avoir jamais apprécié ce discours tranchant de Lumumba, héros de l’indépendance de la RDC. Il justifie sa position. « Certes, les Belges étaient mauvais, mais ils sont quand même laissés quelques bonnes réalisations. Tout n’était pas mauvais », dit-il.
Espoirs déçus de l’indépendance
Le 30 juin a marqué un tournant dans l’histoire politique de la RDC. Des putschs, des conflits armés, des crises politiques et des élections jugées non crédibles. En 62 ans d’indépendance, il s’est passé beaucoup de choses dans l’ancienne colonie belge. « 62 ans après, on a échoué. Nous avons rien fait après l’indépendance. Mais cela ne veut pas dire que le Congo manque de gens capables de le faire développer », déplore Jérôme Dimbumba.
La RDC n’a pas eu une indépendance économique, croit Honoré Zanga Magbeta. Il indique que « le pays dépend toujours des aides extérieurs ». M. Magbeta pense que l’accession à l’indépendance devrait être « progressive ». « Il y a aucun changement 62 ans après. On a reculé à cause de l’égoïsme », dit-il.
Cette année, la fête de l’indépendance est célébrée dans un contexte particulier. Le pays rend hommage à Patrice Emery Lumumba, dont le reste a été restitué par la justice belge. Il s’agit d’une dent retrouvée entre les mains d’un officier belge chargé de faire disparaître le premier Premier ministre congolais.
Trésor Mutombo

