Assises nationales : le Burkina s’apprête à désigner un président de transition

Ce vendredi 14 septembre, des assises nationales s’ouvre au Burkina Faso pour nommer un président de transition, deux semaines après un deuxième putsch en huit mois mené par le capitaine Ibrahim Traoré, dont les partisans souhaitent qu’il soit désigné.

Un membre de la junte au pouvoir, le capitaine Marcel Medah, a lu un message du capitaine Traoré, absent à la cérémonie d’ouverture des assises, a constaté un journaliste de l’AFP. « Il nous faut taire nos différends, mettre en commun la richesse de nos diversités pour préserver l’essentiel et écrire une page nouvelle pleine d’espoir », a-t-il dit.

Il ajoute qu’il fallait « donner des orientations claires pour la construction d’une nation forte et résiliente, une nation capable d’instaurer la paix, la sécurité et le développement durable ».

Ces assises rassemblent quelque 300 personnes, représentant l’armée et la police, les organisations coutumières et religieuses, la société civile, les syndicats, les partis et les déplacés internes victimes des attaques djihadistes qui frappent le Burkina depuis 2015. Des blindés et des véhicules militaires ont été déployés aux différents points d’accès au Centre de conférence de Ouagadougou où se tient la rencontre.

Le 24 janvier, des militaires emmenés par le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba et regroupés au sein d’une junte appelée Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), avaient renversé le président Roch Marc Christian Kaboré, accusé d’incapacité face aux attaques djihadistes qui se sont multipliées au Burkina.

Lire aussi :  Burkina Faso : Mahamadou Issoufou à Ouagadougou avant le sommet de la Cédéao

Elles n’ont pas cessé en huit mois et, face à la dégradation constante de la situation, un nouveau putsch a eu lieu le 30 septembre, qui a porté au pouvoir un jeune capitaine de 34 ans, Ibrahim Traoré, afin de « recentrer la transition sur les urgences sécuritaires », selon la junte. Officiellement désigné président peu après sa prise de pouvoir, le capitaine Traoré a assuré qu’il ne ferait qu’expédier « les affaires courantes » jusqu’à la désignation d’un nouveau président de transition civil ou militaire par des « Assises nationales ».

Un projet de charte de la transition devant être adopté par les assises, et dont l’AFP a eu copie, prévoit que « le mandat du président de la transition prend fin avec l’investiture du président issu de l’élection présidentielle » prévue en juillet 2024. « Le président de la transition n’est pas éligible aux élections présidentielle, législatives et municipales qui seront organisées pour mettre fin à la transition », précise ce projet.

Des voix se sont élevées pour réclamer le maintien du capitaine Traoré lors de meetings de soutien à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays.

Traoré, «le choix du peuple»

« Le capitaine Ibrahim Traoré doit nécessairement terminer ce pour quoi il est venu », a affirmé Oscar Séraphin Ky, leader d’un mouvement de soutien au capitaine. « Au regard de l’adhésion populaire (au putsch), la convocation d’assises nationales pour désigner un président de la transition, ne devrait pas avoir lieu, car depuis les premiers moments le choix du peuple était déjà fait, et c’est le capitaine Ibrahim Traoré », a renchéri un autre mouvement qui a appelé à la mobilisation vendredi.

Lire aussi :  Après la Cédéao, le Burkina Faso va-t-il rompre avec le franc CFA ?

L’ambassadeur de France au Burkina Faso, Luc Hallade, a appelé ses compatriotes « à limiter » vendredi leurs déplacements « au strict nécessaire », « par crainte de nouveaux mouvements de protestation ».

Des intérêts de la France au Burkina, dont l’ambassade et deux instituts français, ont été pris à partie par des manifestants pro-Traoré à l’occasion du dernier putsch. Un sondage réalisé par Apidon, un institut local, indique que 53% des Burkinabè préfèrent avoir le capitaine Traoré à la tête du pays, selon le quotidien gouvernemental Sidwaya.

Les attaques régulières de groupes armés affiliés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique (EI) ont fait des milliers de morts et provoqué le déplacement de quelque deux millions de personnes depuis 2015.

Plus de 40% du territoire échappe au contrôle de l’Etat, notamment du côté des frontières avec le Mali et le Niger. Le capitaine Traoré a assuré que Ouagadougou continuerait à respecter les engagements pris sous M. Damiba vis-à-vis de la Communauté des Etats d’Afrique de l’ouest (Cédéao), en particulier sur l’organisation d’élections et un retour de civils au pouvoir au plus tard en juillet 2024.

AFP/Sahutiafrica

Les plus lus

«Répression du phénomène Kuluna en RDC : Entre populisme, science juridique et réinsertion sociale» (Tribune de...

En RDC, les autorités ont lancé l’opération « Ndobo » pour endiguer le phénomène kuluna, banditisme urbain qui sévit à Kinshasa. Jugés en audiences foraines, certains...

RDC/ Élections 2023 : la CENI fait un état des lieux du processus électoral

A l’approche des élections, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a fait un état des lieux du processus électoral lors d’un cadre-concertation avec des...

RDC/Football : Belinda Luntadila Nzuzi prend les commandes du Conor

En RDC, Belinda Luntadila Nzuzi, est nommée présidente du Comité de Normalisation (Conor) de la Fédération congolaise de football association (Fecofa) par la Fédération...

Zimbabwe/COVID-19 : le gouvernement impose un confinement à Kwekwe

Le gouvernement zimbabwéen impose un confinement de deux semaines à Kwekwe, ville située au centre de Zimbabwe. C’est suite à la découverte de patients...

Est de la RDC : qu’en est-il de la situation humanitaire ?

La situation humanitaire continue de se détériorer dans l’est de la RDC, où l’armée congolaise et les rebelles du M23, soutenus par l’armée rwandaise...

Sur le même thème

Madagascar : les manifestants ne faiblissent pas la pression

Ce mardi 30 septembre, des centaines de protestataires se sont rassemblés à Antananarivo pour réclamer le départ du président Andry Rajoelina, essuyant des tirs...

Burkina Faso : Ibrahim Traoré confirme l’interpellation de six fonctionnaires ivoiriens

Dimanche 28 septembre, le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la transition au Burkina Faso, a confirmé l’interpellation de six fonctionnaires ivoiriens pour avoir franchi...

Présidentielle au Cameroun : début de la campagne électorale

Au Cameroun, où le scrutin présidentiel est prévu le 12 octobre, la campagne électorale s’est offerte ce week-end avec les rassemblements politiques des principaux.   Le...

Ouganda : Bobi Wine célèbre la validation de sa candidature à la présidentielle

En Ouganda, l’opposant Bobi Wine a célébré la validation de sa candidature pour la présidentielle de janvier 2026 lors d’une manifestation à Kampala, la...

RDC : «je continue de considérer Vital Kamerhe comme un allié…» (Félix Tshisekedi)

Au lendemain de la démission de Vital Kamerhe à la tête de l’Assemblée nationale, le président Tshisekedi assure qu’il le considère toujours « comme son...