Cameroun : «lorsqu’on porte le maillot des Lions Indomptables, on veut gagner…» (Jules Denis Onana), deuxième partie

Nous publions ce jeudi 17 novembre, la deuxième partie de l’entretien avec Jules Denis Onana, 59 ans, ancien international camerounais et mondialiste (1990 et 1994), sur les chances, les forces et la succession de contre-performances du Cameroun à la Coupe du monde après l’épopée du Mondial italien en 90.

Les Lions Indomptables, logés dans un groupe G relevé, débutent leur aventure au Qatar face à la Suisse. Un adversaire difficile pour le Cameroun, qui n’a plus gagné à la Coupe du monde depuis 2002. Puis, les Lions Indomptables affronteront la Serbie avant de défier le Brésil. La mission semble difficile, mais pas impossible pour les Camerounais. Défaite face à la Corée du Sud (1-0) et à l’Ouzbékistan (2-0). Et un nul face à la Jamaïque (1-1). Les derniers résultats du Cameroun laissent planer des doutes. Taulier de la défense de Lions Indomptables aux côtés d’Emmanuel Kunde lors de l’épopée camerounaise à la Coupe du monde 90, Jules Denis Onana croit aux chances de Lions Indomptables. Entretien.

SA : Qu’est-ce que cela représente de porter le maillot du Cameroun lors d’une telle compétition ?

JDO : Lorsqu’on porte le maillot vert de Lions Indomptables, on veut gagner. On ne gagne pas toujours. Mais lorsqu’on perd, l’adversaire sait qu’il a eu du fil à retordre. C’est une immense fierté de porter le maillot du Cameroun. Lorsqu’on voit comment les supporters camerounais soutiennent leur équipe, c’est une responsabilité que nous assumons avec fierté.

SA : il y a 32 ans, vous faisiez partie de la génération qui a écrit la plus belle histoire du Cameroun à la Coupe du monde en Italie. Aujourd’hui, comment expliquer les contre-performances du Cameroun à la Coupe du monde ?

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JDO : Cela ne s’explique pas. En 2002, nous pensons que ce serait l’année, où nous pouvions casser ce plafond de verre et atteindre au moins les demi-finales. Tellement que l’équipe était talentueuse (Rigobert Song, Njitap, Mboma, Eto’o etc). C’était une équipe vraiment douée et valait quelque chose collectivement. Mais après 2002, tout s’est effrité. Il faut aussi dire que l’organisation du football avait un peu changé. En 1990, l’équipe était basée localement. En 2002, l’équipe était basée sur de jeunes joueurs, formés localement. Et ils sont allés grandir à l’étranger (en Europe). Donc, ces joueurs se connaissent quand même parce qu’ils ont évolué ensemble à un certain niveau.

C’est à partir de 2010 que le Cameroun avait une équipe avec des joueurs talentueux, mais qui ne conjuguent pas le football de la même façon. Il y a beaucoup de concurrences entre les joueurs. Très peu de collaboration entre eux. Tous étaient devenus stars de leur côté. Il n’y avait pas vraiment un leader. Et le leader, qui s’était imposé à l’époque, était controversé. Vous vous souvenez de la brouille entre Samuel Eto’o et Rigobert Song en 2010. Ce sont des problèmes qui ont miné l’équipe. Ensuite, les mêmes problèmes ont continué en 2014. Autant en 90, l’équipe était unie et soudée autour de grande figure du football camerounais comme de Roger Milla, de Thomas Nkono ou encore d’Emmanuel Kunde ; autant elle était bourrée d’expérience avec des joueurs, qui avait joué 82, 84, 86, 88 et qui finissaient en 90. Et plus de joueurs locaux, qui se connaissaient. Ils étaient issus d’un championnat local très intéressant. Autant après, les égaux se sont réveillés. L’unicité de l’équipe en a souffert. Ce sont des éléments qui peuvent expliquer le fait que l’équipe du Cameroun n’a plus brillé à la Coupe du monde.

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SA : Quel souvenir gardez-vous de cette épopée et quelle leçon avez-vous tiré de votre parcours ?

JDO : Lorsqu’on arrive à la Coupe du monde, on se dit qu’il fallait faire mieux que 82. On se préparait parce qu’on voulait briller aux yeux du monde lors du premier match. Pour nous, le premier match était le seul que nous allions livrer. Et le décorum de ce match, la rencontre avec le président Paul Biya avant le match, mais aussi toute la joie qui nous a emportée après cette première victoire, ça reste toujours dans nos têtes. Le but fabuleux de François Omam-Biyik. Ce sont des souvenirs qui sont dans nos tête à jamais. Je me rappelle aussi la prise de conscience pour gagner le deuxième match face à la Roumanie (Rires…). On se dit, si on perd le deuxième match, l’exploit du premier match n’aurait servi à rien. C’est beaucoup de joie et le fait d’avoir créé une famille entre nous. Nous sommes encore très proches les uns des autres.

Le retour au Cameroun était fantastique. On a fait le tour de la ville. Tout le Cameroun nous a célébré. Nous avons été décorés par le chef de l’Etat. 32 ans après, lorsqu’on y pense, on se dit qu’on a fait quelque chose d’extraordinaire non seulement pour le Cameroun, mais pour l’Afrique et la race noir.

Propos recueillis par Trésor Mutombo

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