Alors que les résultats de la présidentielle se font attendre au Mozambique, la tension monte après l’appel de l’opposition à contester dans la rue pour dénoncer des « fraudes ».
La commission électorale doit annoncer à 14h30 (12h30 GMT) les résultats du scrutin du 9 octobre pour la présidence et le Parlement, entachés de nombreuses irrégularités, selon les observateurs.
Des manifestations d’opposition sont redoutées dans la journée. Venancio Mondlane, qui revendique la victoire aux dépens du Frelimo, parti au pouvoir depuis un demi-siècle et l’indépendance de ce pays d’Afrique australe, a appelé à la mobilisation jeudi et vendredi.
Les résultats partiels laissent peu de doute sur les résultats définitifs devant être annoncés jeudi. Le candidat à la présidence désigné par le Frelimo Daniel Chapo a par exemple été crédité de 66% des voix dans la province de Nampula. Un bastion de l’opposition où Venancio Mondlane revendique lui 54% des voix dans son décompte parallèle, contre seulement 37% pour Chapo.
Ancien gouverneur de province sans expérience gouvernementale, Daniel Chapo avait été investi par le Frelimo à la surprise générale en mai, faute de consensus entre factions rivales.
Il est en passe à 47 ans devenir le premier président mozambicain né après l’indépendance en 1975. Ainsi que le premier n’ayant pas combattu lors de la guerre civile (1975-1992) ayant tué un million de personnes. Conflit en sommeil, il a connu des répliques jusqu’à l’accord de paix définitif de 2019 entre le Frelimo et la Renamo.
«Paralyser le pays»
Déserteur de ce parti d’opposition historique après avoir échoué à en prendre la tête, « Venancio » comme son jeune électorat l’appelle, a de nouveau renforcé les siens mercredi soir dans l’un de ses traditionnels directs sur les réseaux sociaux. L’ex-animateur de radio de 50 ans a appelé à « paralyser le pays » pour « démontrer au gouvernement illégitime, illégal et immoral du parti Frelimo que le peuple est aux commandes ».
Malgré l’avertissement quelques heures plus tôt du président sortant Filipe Nyusi, élu avec 73% de voix attribuées dès le premier tour en 2019. Nyusi, qui ne pouvait se représenter, a prévenu mercredi « qu’inciter à la révolte » et « créer le chaos à des fins politiques » pourrait s’apparenter à des « actes délictueux » dans une rare intervention depuis le examen du 9 octobre.
La tension est palpable après l’assassinat au cours du week-end d’Elvino Dias, l’avocat de Venancio Mondlane, dans une embuscade en pleine rue de la capitale. L’opposant accuse le pouvoir d’avoir ordonné son exécution à bout portant par des hommes armés.
Des milliers de personnes ont participé aux obsèques mercredi, à l’absence de « Venancio » qui s’est dit la prochaine « cible à abattre ». L’annonce des résultats promet-elle des manifestations d’ampleur voire des émeutes jeudi ? « La question est de savoir comment va réagir la police », estime un analyste spécialiste de cet Etat lusophone, sous couvert d’anonymat. « Des violences ne feraient qu’enflammer la situation ».
Les rues désertes de Maputo, à l’arrêt jeudi, n’augurent pas nécessairement d’une vague « Venancio ». Lundi, lors d’un appel lancé par l’opposition à la grève générale, « la peur de violence avait dissuadé des agents de l’Etat, pourtant favorables au Frelimo, d’aller travailler », juge le même analyste.
« Dans tous les quartiers, on va descendre dans la rue, il n’y aura pas assez de balles pour tout le monde, pas de gaz lacrymogènes, pas assez de blindés », a martelé Venancio Mondlane, passé depuis lundi dans la clandestinité.
AFP/Sahutiafrica

