En RDC, la fête de l’indépendance a été célébrée sans faste officiel, ni parade militaire, mais avec un brin de ferveur dans plusieurs rues de Kinshasa et sur les réseaux sociaux.
Des célébrations discrètes, mais chargées de sens ont marqué cette journée de commémoration. Elle a oscillé entre hommage aux pères fondateurs, nostalgie d’une époque révolue et espoir pour l’avenir. Les couleurs bleu, rouge et jaune ont inondé les profils X, Facebook et WhatsApp. De nombreux Congolais ont partagé des photos d’eux revêtus du maillot de l’équipe nationale, accompagnées de messages de joie et de fierté.
Un contraste frappant se dessinait entre les tenues d’antan et le style actuel. Si les grands parents, témoins de l’indépendance en 1960, arboraient des costumes amples, voire surdimensionnés, la jeunesse d’aujourd’hui a réinterprété ce code vestimentaire avec une touche contemporaine. Vestes volontairement trop grandes, cravates épaisses et souliers d’un autre âge composaient un look à la fois stylé et respectueux.
« Nos grands-parents ont arraché cette indépendance avec ce genre de vêtements. Lorsqu’on s’habille ainsi, ce n’est pas se moquer. C’est une façon de leur rendre un vibrant hommage pour leur bravoure. Sans eux, nous n’aurions jamais accédé à l’indépendance », tente d’expliquer Mbemba, proche de la vingtaine. Il arbore une veste qui atteint ses genoux, une chemise débordante et des chaussures, visiblement, empruntées à son père.
Mais cette journée de fête a été aussi empreinte de souvenirs et de regrets, comme en témoigne Mbuta, 69 ans. « Je n’étais qu’un enfant, mais quand j’ai commencé à grandir à l’époque de Mobutu, les fêtes d’indépendance étaient vraiment des moments très forts pour nous. C’était vraiment des fêtes, tout le monde était heureux. Mobutu misait beaucoup d’argent pour le bon déroulement du 30 juin ! Et les fonctionnaires étaient toujours payés avant, question de nous permettre d’organiser à notre manière la fête à la maison », se souvient-il sous un ton nostalgique.
L’absence de défilé militaire, traditionnellement associé aux célébrations de l’indépendance, n’a pas échappé à certains. Pour Yves, un étudiant d’une vingtaine d’années, cet anniversaire aurait été l’occasion de montrer la force et la puissance du pays, notamment dans le contexte actuel de conflits armés dans l’est. « Avec cette crise sécuritaire, nous avons manqué l’occasion de faire peur à nos ennemis avec une marche militaire de dissuasion, comme fut le cas à l’époque de Kabila », regrette-t-il.
A 19 heures, la fête bat son plein dans les bars et terrasses de Kinshasa, bondés. Plusieurs Kinois se sont divertis en plein air, dans une ambiance conviviale au rythme de chansons d’artistes, qui ont le vent en poupe. « C’est le genre de foule qu’on reçoit dans les festivités des fins d’année », s’enthousiasme un tenancier de bar.
Ainsi, le 30 juin à Kinshasa, entre commémoration du passé, réalités du présent et espoirs pour l’avenir, s’est déroulée une fête de l’indépendance à l’image d’un pays en quête d’unité et de progrès.
Ephraïm Kafuti

