Afrique du Sud/Affaire du cambriolage : Cyril Ramaphosa nie toute malversation

Cyril Ramphosa, président sud-africain, empêtré dans un scandale, a démenti point par point les accusations portées contre lui auprès d’une commission parlementaire qui a rendu son rapport ce mercredi, dans un document qui a opportunément fuité le même jour.

Depuis des mois, Cyril Ramaphosa est gêné par une affaire de cambriolage datant de 2020 mais déterrée par une plainte déposée en juin, en amont d’une échéance électorale cruciale pour l’avenir politique du chef de l’Etat.

Le Congrès national africain (ANC) au pouvoir se réunit du 16 au 20 décembre pour désigner son prochain leader. Celui qui émergera vainqueur deviendra vraisemblablement chef de l’Etat à l’issue des élections générales de 2024, si toutefois l’ANC confronté à un désamour grandissant remporte le scrutin.

Le Parlement a désigné en septembre une commission indépendante chargée de se pencher sur le scandale impliquant de mystérieuses sommes d’argent en liquide retrouvées dissimulées dans le mobilier de l’une de ses propriétés.

Les trois membres du panel dont un ancien président de la Cour constitutionnelle ont rendu mercredi au Cap leurs conclusions en trois tomes à la présidente de l’Assemblée.

Le rapport pourrait mener à un vote au Parlement pour la destitution du chef de l’Etat. La procédure n’a toutefois que peu de chances d’aboutir, l’ANC de Cyril Ramaphosa y détenant une confortable majorité.

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Mais l’affaire a terni l’image du successeur du sulfureux Jacob Zuma, attendu sur le front de la corruption qu’il a juré d’éradiquer.

Quelques heures après la remise officielle du rapport attendu, la déclaration soumise par le président à la commission ad hoc et dans laquelle il expose sa version des faits détaillée, a fuité à point nommé dans les médias.

Sous les coussins

Dans le long document de 38 pages dont l’AFP a eu copie, le chef de l’Etat explique n’avoir « aucune connaissance personnelle du cambriolage ». Il était alors en déplacement officiel à Addis Abeba.

Selon la plainte qui a déclenché le scandale, déposée par l’ex chef du renseignement Arthur Fraser, des cambrioleurs se sont introduits dans la luxueuse ferme du président, à deux heures de route de Pretoria, et y ont dérobé quatre millions de dollars en cash.

M. Ramaphosa est accusé d’avoir préféré dissimuler le vol à la police et au fisc. Il rejette toutes les accusations.

Le lendemain de Noël 2019, raconte-t-il à la commission, « M. Mustafa Mohamed Ibrahim Hazim, un Soudanais, est venu à la ferme pour voir les buffles en vente (…) Il a choisi ceux qui lui plaisaient et payé en cash le montant de 580.000 dollars ».

L’employé de la propriété chargé de la vente devait ensuite partir en congé. Mais « il ne se sentait pas à l’aise à l’idée de laisser l’argent dans le coffre-fort », auquel plusieurs salariés ont accès, poursuit le président.

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« Il a décidé que l’endroit le plus sûr pour stocker l’argent était dans ma résidence privée au sein de la ferme. Il a entreposé l’argent sous les coussins d’un canapé d’une chambre d’amis peu utilisée », dit-il.

M. Ramaphosa précise posséder deux fermes et confesse « une passion pour le gibier et l’élevage de bétail que je partage avec de nombreux autres chefs d’État du continent ou anciens dont Nelson Mandela ». Il cite à l’appui des passages de son livre publié en 2017 titré « Le bétail à travers les époques ».

Egalement accusé d’avoir organisé l’interrogatoire des voleurs sur place le jour du cambriolage, puis d’avoir acheté leur silence, il dément : « Je n’ai pas traqué les voleurs ».

« Je demande au panel de ne pas donner suite à cette affaire », conclut-il simplement.

Le Parlement doit examiner le rapport mardi. Une enquête criminelle menée par l’unité d’élite de la police sud-africaine, les Hawks, se poursuit par ailleurs.

Cyril Ramaphosa, 70 ans, est pour l’instant largement en tête dans la course à la présidence de l’ANC.

La Rédaction

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