La Somalie a déclaré jeudi qu’il n’y avait pas de place pour une médiation dans un différend avec l’Ethiopie à moins qu’Addis-Abeba n’annule un accord maritime controversé avec la région séparatiste du Somaliland.
Les tensions dans la Corne de l’Afrique se sont intensifiées après que l’Éthiopie, enclavée, ait conclu le 1er janvier un protocole d’accord avec le Somaliland qui lui donne un accès très convoité à la mer.
« Il n’y a pas de place pour une médiation à moins que l’Éthiopie ne retire son protocole d’accord illégal et ne réaffirme la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Somalie », a déclaré le ministère des Affaires étrangères du pays dans un communiqué publié sur ses comptes officiels sur les réseaux sociaux.
Ce commentaire intervient après que l’organe de résolution des conflits de l’Union africaine a discuté mercredi de la crise entre les deux voisins. Le Conseil de paix et de sécurité les a appelés à « faire preuve de retenue, à désamorcer la situation et à engager un dialogue constructif en vue de trouver une solution pacifique à la question ».
Le groupement d’Afrique de l’Est, l’IGAD, organise également jeudi un sommet extraordinaire en Ouganda sur la querelle entre l’Éthiopie et la Somalie, ainsi que sur le conflit au Soudan.
D’autres acteurs internationaux, dont les États-Unis, l’Union européenne, la Chine et la Ligue arabe, ont également appelé au respect de la souveraineté de la Somalie.
«Violation du droit international»
Mogadiscio a qualifié l’accord d’acte « d’agression » de la part de l’Éthiopie, qui a à son tour insisté sur le fait qu’aucune loi n’avait été transgressée. Le président somalien Hassan Sheikh Mohamud a également averti que cela pourrait ouvrir la voie à une « renaissance » d’Al-Shabaab, le groupe militant islamiste qui mène une insurrection sanglante contre le gouvernement central depuis plus de 15 ans.
Le chef de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, a qualifié mercredi le protocole d’accord de « attaque flagrante contre les principes arabes, africains et internationaux, et de violation flagrante du droit international ».
Aux termes de cet accord, le Somaliland a accepté de louer 20 kilomètres (12 miles) de sa côte pour 50 ans à l’Éthiopie, qui souhaite y installer une base navale et un port commercial.
Le Somaliland est un ancien protectorat britannique faisant face au golfe d’Aden qui a déclaré son indépendance de la Somalie en 1991, une démarche non reconnue par Mogadiscio ni par la communauté internationale.
Cependant, le fragile gouvernement central somalien exerce en pratique peu d’autorité sur les affaires de la région, qui dispose de son propre gouvernement, de ses propres forces de sécurité et de sa propre monnaie.
L’Éthiopie, le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique et l’un des plus grands pays enclavés au monde, a été coupée de la côte après la sécession de l’Érythrée et sa déclaration d’indépendance en 1993, après trois décennies de guerre.
Addis-Abeba avait conservé l’accès à un port en Érythrée jusqu’à ce que les deux pays entrent en guerre en 1998-2000, et depuis lors, l’Éthiopie fait transiter l’essentiel de son commerce par Djibouti. L’Éthiopie et la Somalie ont une histoire de relations houleuses et de querelles territoriales, menant deux guerres à la fin du XXe siècle.
AFP/Sahutiafrica

