« Floribert Chebeya est arrivé dans mon bureau vers 17 heures. Il y est resté pendant deux heures avant que Kenga Kenga et l’adjudant Mulanga ne viennent les chercher pour lui dire que le général (John Numbi) s’excuse. Il compte vous recevoir à son domicile. Lorsqu’ils sont descendus, j’ai aperçu depuis mon bureau le véhicule du bataillon canine s’approche et les policiers l’ont pris brusquement dans ce véhicule. En descendant, j’ai vu Christian Kenga Kenga avec le corps de Chebeya cagoulé », a raconté Paul Mwilambwe, vêtu de sa tenue de la police à la barre de la Cour militaire ce mercredi 9 décembre.
Paul Mwilambwe, qui a regagné son pays il y a près d’une semaine, est le témoin clé du procès de l’assassinat de Floribert Chebeya et son assistant Fidèle Bazana. Devant la Cour militaire, il a comparu comme prévenu. Au premier degré, Paul Mwilambwe a été condamné à la peine capitale pour notamment, association de malfaiteurs, détention et arrestation arbitraire. Il a interjeté appel.
Il confie à la barre que « le général John Numbi avait proposé à Kenga Kenga la somme de 500 000 Usd pour l’exécution de cette mission, mais il l’avait remis seulement 10 000 Usd ». Pourtant, « le colonel Daniel Mukalay, un des prévenus, a révélé que 40.000 Usd a été proposé pour tuer l’activiste des droits de l’homme ».
Exécution de l’ordre de la hiérarchie
« Trois véhicules étaient placés dans le hangar de l’Inspection générale de la police. Dans l’une de véhicule parqué à l’entrée, j’avais remarqué la présence d’une autre personne déjà morte. Christian m’a dit que c’était le sort réservé à tous ceux qui accompagnaient Chebeya. Mais aussi le général (John Numbi) n’est pas au courant de ta présence », a-t-il lâché sans nier ses liens avec Christian Kenga Kenga avec, qu’ils vivent sous un même toit. Paul Mwilambwe affirme que « Christian Kenga Kenga l’a dit qu’il venait d’exécuter l’ordre de la hiérarchie, faisant référence à Joseph Kabila, ancien président congolais ».

« Le jour suivant, Doudou, kenga Kenga et Ngoy sont rentrés au domicile où j’habitais avec Kenga Kenga après l’opération vers 4 heures du matin. La femme de Chebeya est venue chercher son mari à l’inspection le lendemain. Mon adjoint me fait le rapport. J’ai dit à mon adjoint que son mari était mort. La nuit du 03 au 04 juin, Kenga Kenga m’a tout raconté et m’a dit que je devais fuir. Le général John Numbi l’a donné l’ordre de me tuer parce que j’étais au courant de cet assassinat », a poursuivi Paul Mwilambwe alors que le soleil tape.
Il relate que « cette nuit-là, un véhicule du général John Numbi était venu récupérer Kenga Kenga pour le faire fuir ». « Il m’a demandé aussi de trouver un moyen de fuir parce que le général cherchait à m’éliminer », a soufflé Paul Mwilambwe, qui s’était exilé en Belgique avant son retour à Kinshasa.
Il est 16 heures passées de quelques minutes lorsque le juge suspend l’audience. L’instruction va se poursuivre avec la comparution de quelques renseignants vendredi 10 décembre. Mais le procès du double meurtre de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana s’est déroulé sans les deux principaux accusés, le général John Numbi qui s’est exilé. Mais aussi le colonel Kenga Kenga, qui est détention. Ce prévenu boycotte les audiences.
Joe Kashama

