Combien ont coûté les IXᵉˢ Jeux de la Francophonie au gouvernement congolais ? La question fait polémique en RDC deux mois après cet événement organisé à Kinshasa du 28 juillet au 6 août.
D’après Nicolas Kazadi, ministre congolais des Finances, les jeux de Kinshasa avaient coûté près de sept fois plus cher que prévu. « De 48 millions, on est arrivé à 324 Usd ». Une déclaration choque. Depuis, elle suscite la polémique autour du financement de Jeux de la Francophonie.
Révélations
« Le directeur national des jeux a décidé d’augmenter des rubriques et des budgets, sans l’aval même du comité de pilotage. Cela nous a mis en difficulté et il a signé des ordres de paiement pour certains bénéficiaires que lui-même avait imaginés et décidé de recruter sans avoir la provision budgétaire nécessaire. Ce qui ne se fait pas ! On ne peut pas accepter que la gestion soit faite avec une forme de légèreté », a déclaré le ministre Kazadi. Il affirme que seules 85% des 324 millions Usd ont déjà été payés. Mais, il regrette « des erreurs de planification ».
Pour lui, il faut juste tirer une leçon de tout cela et de faire en sorte qu’à l’avenir, qu’il n’y ait pas de gonflement de budget sans considération, sans justifications, faire des choses au bon prix, au bon coût.
Réplique
Erreur de planification ? Isidore Kwanja, directeur du Comité national des Jeux de la Francophonie, ne voit pas les choses sous cet œil. « Je n’ai trouvé dans les caisses aucun sous, pour dire qu’il n’y a jamais eu de détournement, que la gestion a été transparente, suivie régulièrement par l’inspection générale des Finances », a réagi M. Kwanja au micro de RFI.
Il confie avoir présenté le budget de 66 millions d’euros qui a été adopté par le comité de pilotage et approuvé par le comité international. « Ce budget, nous ne l’avons pas encore totalement, mais le reste, moi, je ne sais pas où est-ce qu’on a affecté ces fonds-là. Les rubriques sont connues », se défend Isidore Kwanja.
«Délinquance financière»
Quelles sont ces rubriques ? « En tant que directeur national des Jeux de la francophonie, j’ai le devoir d’accueillir les athlètes, de les transporter, de les loger, de les nourrir, d’assurer la sécurité, d’assurer la santé, ce sont ces rubriques-là qui sont prévues, de faire la promotion des Jeux de la francophonie au niveau national, il n’y a pas une rubrique de plus », explique M. Kwanja.
Deux mois après, les jeux de Kinshasa suscitent la polémique, des réactions et alimentent les débats sur les réseaux sociaux. « En détournant 324 millions USD au prétexte de matérialiser la vision du Chef de l’État dans le cadre des jeux de la Francophone, le gouvernement s’est rendu coupable de délinquance financière aggravée », a dénoncé le député Claudel Lubaya sur le réseau social X. Pour lui, le gouvernement s’est placé du bon côté « de l’indécence ».
Lexxus Legal, proche de l’opposant Martin Fayulu, ironise dans une publication avec une image du président Tshisekedi à côté de Denise Nyakeru, son épouse, lors de la clôture des IXᵉˢ Jeux de la Francophonie. « Donc ce jour-là, à l’heure de la clôture de ces jeux, + de 250M Usd se partageaient entre eux… Nous comprenons mieux l’intensité de la joie exubérante qui s’en est suivie », a lâché l’ancien rappeur devenu acteur politique.
Qui dit vrai ? Cette affaire du financement de l’organisation des Jeux de la Francophonie, qualifiés de pari gagné par les autorités congolaises, fait grand bruit à Kinshasa, où une délégation de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) séjourne pour mener un audit du budget opérationnel des jeux.
Il s’agit d’une mission d’audit censée durer cinq jours. D’après le CNJF, cette mission d’audit n’a pas été déclenchée par la polémique qui a éclaté le week-end sur le coût des jeux.
Trésor Mutombo

