Sénégal : rejet d’une motion de censure de l’opposition contre Macky Sall

Jeudi 15 décembre, le Parlement sénégalais a rejeté une motion de censure déposée contre le nouveau gouvernement par une coalition opposée au président Macky Sall, qui s’est fissurée lors du vote à un peu plus d’un an de la présidentielle.

La motion présentée par la coalition Yewwi Askan Wi (YAW, Libérons le peuple) n’a recueilli que 55 votes favorables, a déclaré le président de l’Assemblée nationale Amadou Mame Diop. Une majorité absolue de 83 sur 165 sièges était nécessaire pour faire tomber le gouvernement.

Ni le nombre de votants ni celui des voix contre n’ont été communiqués. Mais YAW, qui compte 53 députés, a été loin de faire le plein théorique des voix de l’opposition. Une autre coalition d’opposition, Wallu (Sauvons le peuple, 27 députés), s’est abstenue.

« Cela ne veut pas dire que nous sommes avec le gouvernement », a déclaré Mamadou Lamine Thiam, président du groupe parlementaire de Wallu. Il a invoqué le fait que Wallu n’avait pas été consulté avant le dépôt de la motion.

Cette motion est rejetée dans un contexte politique nébuleux, avec un président Macky Sall confronté à une opposition revigorée mais à plusieurs têtes. La possibilité d’une candidature controversée de M. Sall à un troisième mandat en février 2024, avec le risque de contestation violente, domine le débat.

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Le président et son camp sont ressortis affaiblis de plusieurs jours d’émeutes en mars 2021, puis d’élections locales en janvier et législatives en juillet, où de grandes figures d’opposition, Khalifa Sall, Ousmane Sonko, Karim Wade, tous prétendants déclarés ou possibles à la présidentielle, ont fait alliance.

Les législatives ont privé le chef de l’Etat, actuellement président de l’Union africaine, de majorité absolue au Parlement, lui prédisant des mois plus compliqués, bien que l’exercice du pouvoir soit concentré entre ses mains.

La rentrée parlementaire a été émaillée d’une série d’incidents en septembre. Au moment où l’Assemblée débattait de la motion de censure jeudi, deux députés d’opposition étaient gardés à vue pour avoir frappé une collègue en pleine session et en public le 1er décembre.

YAW a accusé le pouvoir d’instrumentaliser cette affaire pour faire échouer la motion.

YAW a justifié la motion par la teneur de la déclaration de politique générale faite lundi par le nouveau Premier ministre Amadou Bâ. Avant le vote, le président du groupe parlementaire de YAW, Biram Soulèye Diop, a reproché au gouvernement « les emprisonnements d’opposants, le manque de transparence et d’enseignement de qualité et des manquements dans la lutte contre la corruption ».

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Le Premier ministre Bâ a imputé à l’opposition de « jeter le discrédit sur les institutions ».

Macky Sall, élu en 2012 pour sept ans et réélu en 2019 pour cinq ans, a maintenu le flou cette semaine encore sur ses intentions en 2024. « Quand je déciderai, le peuple sénégalais le saura », a-t-il répondu au quotidien New York Times sur une éventuelle candidature.

« C’est clair qu’aujourd’hui le débat juridique ne se pose pas. Maintenant, est-ce que je vais être candidat ou pas, c’est ma décision », a-t-il dit.

La Constitution limite à deux le nombre de mandats consécutifs. Le non à un troisième mandat était l’un des cris de ralliement des émeutes de 2021. De nombreuses voix s’élèvent dans son camp pour défendre une candidature de M. Sall, en disant qu’il appartiendra à la Cour constitutionnelle de trancher.

La Rédaction

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