Une vingtaine de femmes du parti d’opposition “Les Transformateurs” ont manifesté, samedi 28 juin, à N’Djamena, capitale du Tchad, en sous-vêtements pour réclamer la libération de leur leader, Succès Masra.
Brandissant des pancartes et scandant « Libérez Masra, pourquoi vous le gardez ? », les manifestantes ont exprimé leur colère et leur détresse, certaines pleurant et s’agenouillant pour implorer Dieu. La scène s’est déroulée devant le siège du parti, sous l’œil des caméras. La vidéo a été diffusée sur la page Facebook officielle du mouvement.
La manifestation, pacifique, a duré moins d’une heure avant d’être dispersée sans intervention des forces de sécurité. Ce mode de protestation inhabituel – des femmes en sous-vêtements – est rare mais déjà connu dans certaines communautés non musulmanes du Tchad, notamment dans le sud du pays.
Succès Masra, originaire de cette région et membre de l’ethnie Ngambaye, jouit d’un large soutien dans le sud du Tchad, majoritairement chrétien et animiste. Ces populations dénoncent régulièrement une marginalisation par le pouvoir central de N’Djamena, à majorité musulmane.
L’opposant est accusé d’avoir incité à la haine et d’être lié à des violences survenues le 14 mai dans la région de Mandakao (Logone-Occidental), où 42 personnes, principalement des femmes et des enfants, ont été tuées. Les autorités lui reprochent aussi la « constitution et complicité de bandes armées », des « assassinats », et des actes de profanation.
Depuis quatre jours, Succès Masra a entamé une grève de la faim, selon le secrétaire général du parti, Dr Tog-Yeum Ngorngar. « Masra est en danger. Il ne mange plus, ne boit plus et ne prend plus ses médicaments. Nous tenons les autorités responsables de ce qui peut lui arriver », a-t-il déclaré à l’AFP.
Pour ses avocats, cette détention est arbitraire. Me Francis Kadjilembaye, coordinateur du collectif de défense, affirme que les accusations sont sans fondement juridique et relèvent de la répression politique.
Ephraïm Kafuti

