Angola-Mali, CAN 2010. Cette rencontre est entrée dans l’histoire de la Coupe d’Afrique des nations (Can). La soirée du dimanche 10 janvier 2010, les Angolais et les Maliens se neutralisent au stade du 11 novembre de Luanda, capitale angolaise. Menés par quatre buts à zéro, les Aigles du Mali ont, ce jour-là, réussi à arracher le point du nul.
L’ambiance est électrique au stade du 11 novembre de Luanda. Les supporters angolais croient en leur victoire. Il est 20 heures lorsque l’arbitre donne le coup d’envoi du match d’ouverture de la 27e édition de la Can. La compétition débute après un incident. Le bus de l’équipe du Togo a été fusillé par un groupe d’hommes armés, alors qu’il se rendait à Cabinda, enclave angolaise située entre le Congo-Brazzaville et la RDC. Bilan : deux morts et neuf blessés.
L’Angola surprend le Mali
L’Angola, pays hôte, et le Mali devaient présenter un beau jeu pour que la messe du football africain retrouve un peu de saveur. Les Aigles du Mali, portés par les talents de Mahamadou Diarra, Seydou Keïta et de Frederick Kanouté, sont favoris sur papier. Surprise. Les Palancas Negras de l’Angola ouvrent le score à la 37e minute grâce à Flavio Amado. A la 42e minute, Flavio marque encore. L’ancien président José Eduardo Santos et son épouse sont au stade. L’Angola poursuit sa démonstration en seconde période. Gilberto et Manucho alourdissent le score, en marquant respectivement à la 67e et 74e minute sur pénalty. Quatre à zéro déjà.

Seydou Keïta sonne la révolte
Dernier quart-d’heure de la rencontre. Les supporters maliens n’en croient plus. Le navire est en train de couler. « En cet instant du match, on se dit que les carottes étaient cuites. Très sincèrement, on ne voyait pas comment le Mali allait revenir au score avec 4-0. Je pense que le déclic est venu de Seydou Keïta. Pourtant, il était arrivé à cette Can avec quelques soucis physiques », raconte à Sahutiafrica, Gaoussou Kouyaté, journaliste sportif malien.
Les Aigles héroïques
Alors que les Maliens se dirigeaient vers une lourde défaite, Seydou Keïta réduit le score à la 79e minute dans un cafouillage. Un but qui sonne la révolte. Le Mali réalise un festival exceptionnel. Il marque coup sur coup trois buts. D’abord Fréderic Kanouté à la 88e minute. Seydou Keïta s’offre le doublé à la 90e+3. En ces instants du match, le stade du 11 novembre est silencieux. Les Angolais sentent le vent tourner alors qu’ils tenaient encore leur victoire. Les supporters angolais craignent le pire. Le scénario inimaginable se produit. Le pire, qu’ils craignaient, est inévitable. Dans les dernières secondes, Sambou Yatabaré égalise. Quatre buts partout.
Joie indescriptible à Bamako
Stephen Keshi, ancien sélectionneur du Mali décédé en 2016, est l’homme le plus heureux. « On est passé tout près du précipice. Et puis les joueurs ont eu une flamme. Un, puis deux, puis trois, puis quatre buts. C’est fantastique. J’ai cru que c’était impossible. Les joueurs sur le terrain aussi sans doute. L’improbable s’est produit », avait déclaré le sélectionneur malien, après le match dans les propos relayés par le site malien Bamanet.

« Il y avait une joie indescriptible. Personnellement, dans ma tête, c’était mélangé. On avait l’impression que ce n’était pas qu’un simple match de la phase groupe. Donc, on pensait qu’on était dans une phase à l’élimination directe. C’était une liesse populaire. On avait un goût d’inachevé. On se disait que si on avait eu encore quelques minutes, on pouvait remporter la partie », se souvient le journaliste Gaoussou Kouyaté.
Angola, la désillusion
Au coup de sifflet final, désillusion pour l’Angola. Pourtant, les Angolais croyaient avoir fait le plus dur. En commençant par le président Eduardo Santos, les 50.000 supporters angolais au stade ont les yeux horrifiés. Certains sont en larmes. Sur la pelouse, les joueurs sont abattus. Certains ont les mains sur la tête. Ils n’arrivent pas à croire le scénario qu’ils ont vécu. Manuel José, sélectionneur de l’Angola, est frustré.
« Je ne peux pas m’expliquer cette fin de match. J’ai dit aux joueurs de garder le ballon, mais personne ne m’a écouté. Ils étaient totalement perdus », avait-il lâché cité par La Dépêche. « Depuis que je suis dans le foot, je n’ai jamais vu ça », avait-il ajouté.
Cette rencontre est l’une de quatre-vingt-dix minutes folles du football africain. Elle rappelle l’exploit des Léopards de la RDC au Burkina Faso en 1998 pour s’emparer de la troisième place. C’est dans les dernières minutes que les Congolais avaient fait la différence.
Malgré l’exploit de la première journée, le Mali a quitté la compétition au premier tour. L’Angola a atteint les quarts de finale. Elle sera éliminée par le Ghana, finaliste malheureux de cette Can remportée par l’Egypte. Des belles sensations en perspective pour la prochaine CAN au Cameroun.
Trésor Mutombo

