Week-end noir à Kinshasa, capitale congolaise, où des inondations provoquées par des pluies torrentielles ont causé des pertes en vies humaines et plusieurs dégâts, coupant le district de la Tshanga à d’autres parties de la ville.
Debout sur les eaux, un chauffeur a le regard figé. Il a passé la nuit à la belle étoile. Le boulevard Lumumba, axe reliant la ville à l’aéroport international de N’Djili, est resté impraticable. La circulation paralysée. Plusieurs chauffeurs, résidant dans des communes du district de la Tshangu (Masina, N’djili, Kimbaseke, N’sele, Maluku), étaient bloqués, contraints de dormir dans leurs véhicules.
« Je suis coincé ici depuis 22 heures. Je termine souvent mon travail à cette heure, mais les inondations m’ont empêché de rentrer chez moi. La route est coupée en deux. Je dois attendre que le niveau de l’eau baisse pour la sécurité de mon véhicule », a rencontré un chauffeur à Sahutiafrica.
Les images de ces inondations circulent sur les réseaux sociaux. Dans l’une d’elles, l’on perçoit deux jeunes en train de vouloir sauver un enfant de la noyade. Ils ont été piégés sous les eaux. Dans d’autres, des véhicules sont sous les eaux. Ces inondations ont aussi endommagé les installations de distribution d’eau, privant de nombreux foyers d’eau potable.
Transport improvisé
Cette situation a pris de court une femme, à la soixantaine révolue, et son frère, qui revenaient d’une fête. « Quand nous sommes partis, ce n’était pas comme ça », s’est-elle désolée. Son frère s’agace et perd patience. « Je suis obligé de patauger dans cette eau avec mes chaussures et ma veste ! », s’est-il plaint.
Dimanche 6 avril. A 10 heures, les stigmates des inondations étaient encore bien visibles. Des jeunes de la Tshangu en ont fait une opportunité pour se faire de l’argent, proposant aux habitants de traverser les zones inondées en portant des personnes contre rémunération. La traversée entre le quartier 1, où se trouve le pont N’Djili, et Debonhomme coûte 5 000 FC pour les adultes (prix négociable) et 2 000 FC pour les enfants.
« Le centre-ville dépend de la Tshangu pour fonctionner. Le marché ne peut pas respirer sans le district de la Tshangu, c’est pour ça que les gens payent pour traverser », a glissé un jeune homme impliqué dans ce service de transport improvisé.
Au-delà des difficultés de circulation vers le centre-ville, les familles endeuillées souhaitent enterrer leurs proches dans les cimetières populaires de la Tshangu (Kinkole, Entre ciel et terre, N’sele bambou). Ils rencontrent des obstacles insurmontables.
Une famille, contrainte d’abandonner le corbillard à Debonhomme, s’est retrouvée contrainte de transporter le cercueil à la main, engendrant des dépenses supplémentaires. « Nous ferons traverser le cercueil vers le quartier 1, puis nous louerons d’autres bus pour rejoindre le cimetière », a confié le responsable de la famille.
Les autorités tentent de rassurer. D’après Daniel Bumba, gouverneur de Kinshasa, des travaux sont en cours pour rétablir la situation de l’eau. « Les infrastructures liées à l’eau ont été touchées, mais d’ici deux à trois jours, la situation sera rétablie dans les 12 à 14 communes touchées. Mes équipes sont à pied d’œuvre pour résoudre ce problème », a-t-il déclaré.
Daniel Bumba rappelle à la population kinoise les normes de construction en vigueur. « Il est interdit de construire dans des zones non aedificandi. Ces catastrophes sont naturelles, mais si nous ne prenons pas le risque de nous retrouver dans des espaces interdits à la construction, nous n’aurons pas autant de pertes en vies humaines. Nous vous conseillons de commencer à vous organiser, car l’État se chargera de vous déloger pour libérer ces espaces non aedificandi », a-t-il averti.
Jusque-là, le bilan fait état de trente-trois morts, selon le ministère congolais de l’Intérieur. Des maisons ont été emportées et plus de 200 ménages inondés. D’après les autorités, les communes de Mont-Ngafula, Ngaliema, Barumbu, Limete, Matate et Masina sont les plus touchées par cette « catastrophe ».
Dans un communiqué, Jacquemain Shabani, ministre congolais de l’Intérieur, assure que des sites ont été aménagés pour accueillir les sinistrés. Il s’agit de l’Institut Lumumba, où 115 ménages sont pris en charge. A N’Djili, les sinistrés sont installés à Kitomesa. 70 autres familles vont être prises en charge dans le site qui a abrité les Jeux de la Francophonie au stade Tata Raphaël.
Ephraïm Kafuti

