Elections en RDC : le retard et des critiques

Les premiers centres de vote de l’est du vaste pays, en avance d’une heure sur l’ouest, ont commencé à travailler peu après 06H00 (04H00 GMT), presque à l’heure prévue.

 

Mais à la mi-journée, les opérations n’avaient toujours pas commencé dans certains bureaux, en proie dans différentes régions à une pagaille et des dysfonctionnements plus ou moins importants. Une prolongation du vote bien au-delà de 17H00 locales, heure théorique de clôture, semble inévitable.

 

Des sites « ont des problèmes de machines, de batteries », a déclaré à la presse l’archevêque de Kinshasa, Mgr Fridolin Ambongo, après avoir voté. « Il faudra que des solutions soient trouvées rapidement, sinon, les élections vont s’étendre sur plusieurs jours », a-t-il ajouté.

 

Les électeurs s’attendaient à des retards, courants en République démocratique du Congo et susceptibles d’être aggravés par des difficultés d’acheminement du matériel électoral jusque dans les zones reculées.

 

Mais la pagaille a régné aussi dans la capitale, où les opérations de vote n’ont commencé, au mieux, que vers 09H00 (08H00 GMT). « Je suis là depuis 05H00 du matin, je suis fatiguée, j’ai mal à dos. A cette allure, on risque de finir à 23H00 », peste Germaine Kikongo, une fonctionnaire de 67 ans, rencontrée par l’AFP dans un centre de vote de Lingwala, commune du centre de Kinshasa.

 

Près de 44 millions d’électeurs inscrits, sur un total d’environ 100 millions d’habitants, sont appelés à élire leur président, mais aussi leurs députés nationaux et provinciaux et, pour la première fois, leurs conseillers communaux. Plus de 100.000 candidats sont sur les rangs pour les quatre examens. Les résultats des élections ne seront pas connus avant plusieurs jours.

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«Tout saccagé»

 

Plusieurs missions d’observation des élections sont déployées. Celle des églises catholiques et protestantes est la plus grande et ses avis et conclusions sont traditionnellement très suivis. Ses animateurs ont promis un « dépouillement parallèle » pour la présidentielle.

 

A cette élection à un seul tour, Félix Tshisekedi, 60 ans, est candidat à un second mandat face à 18 autres postulants. Durant la campagne, il a demandé aux électeurs cinq ans de plus pour « consolider les acquis ».

 

Il a aussi vilipendé les supposés « candidats de l’étranger », en laissant entendre qu’ils n’étaient pas assez « patriotes » face aux « agressions », dont il accuse en particulier le voisin rwandais.

 

Son principal challenger, Moïse Katumbi, 58 ans, riche homme d’affaires et ancien gouverneur de la province minière du Katanga (sud-est), a été particulièrement ciblé par ses attaques.

 

Parmi les autres candidats à la présidentielle figurent Martin Fayulu, 67 ans, qui affirme que la victoire lui a été volée à la présidentielle de 2018, et le Dr Denis Mukwege, 68 ans, prix Nobel de la paix pour son action auprès des femmes victimes de violes de guerre.

 

Les trois opposants ont tous dénoncé mercredi « chaos » et « irrégularités ». « C’est un chaos total », a même lancé Martin Fayulu après avoir voté à Kinshasa, en accusant encore une fois la Commission électorale (Céni) de vouloir à tout prix « faire passer » Félix Tshisekedi. Moïse Katumbi, qui a voté dans son fief de Lubumbashi, a quant à lui demandé aux électeurs de « surveiller » le dépouillement « jusqu’à la fin ».

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Des soupçons de fraude ont provoqué des incidents dès le matin à Mbandaka (nord-ouest) où, selon un responsable de la société civile, des coups de feu de la police ont répondu à des jets de pierre de la population, qui a molesté un agent électoral et brûlé une « machine à voter ».

 

Le processus électoral est également empoisonné par la situation sécuritaire dans l’est, qui connaît un pic de tension depuis deux ans avec la résurgence de la rébellion du M23 soutenu par Kigali. Les combats se sont calmés depuis une dizaine de jours, mais les rebelles continuent d’occuper de vastes pans de territoire du Nord-Kivu, dans lesquels les habitants sont privés de vote.

 

Dans la province voisine de l’Ituri, en proie elle aussi aux violences de groupes armés, des manifestants, parmi lesquels des déplacés de guerre selon des sources sur place, ont vandalisé un centre de vote. « Ils ont tout saccagé », a déploré un responsable local de la Céni.

 

L’ONU et l’Union européenne se sont inquiétées des « discours de haine » et appelées à un examen transparent et apaisé, dans ce pays très riche en ressources naturelles mais où les deux niveaux de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale. Et où les jeunes, très nombreux (60% de la proportion à moins de 20 ans) sont pour beaucoup sans emploi.

 

AFP/Sahutiafrica

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