Confronté à la menace de la rébellion du M23-AFC, soutenue par le Rwanda qui a gagné du terrain dans l’est de la RDC, le président Tshisekedi restructure l’Union sacrée, coalition au pouvoir, en élargissant son présidium à quarante membres.
Samedi 22 février. Cité de l’Union africaine. Ce jour-là, Félix Tshisekedi rencontre les membres de sa coalition. Dans son discours, il ne mâche pas les mots, dénonçant le silence de plusieurs face à l’avancée du M23, qui contrôle les deux principales villes de la région du Kivu, mais aussi annonçant la restructuration du présidium de l’Union sacrée.
Pour André Mbata, secrétaire permanent de l’Union sacrée, l’initiative vise à intégrer davantage les forces politiques représentées à l’Assemblée nationale et au Sénat. Pourtant, cette restructuration semble susciter des remous au sein du camp présidentiel. Elle a fait bondir Justin Bitakwira, connu pour ses sorties médiatiques tranchantes.
« Je donne 24 h à André Mbata de revoir cette liste. Je peux mobiliser et tenir un meeting chez moi devant 500 000 personnes, ce que Mbata ne peut faire. S’il réussit à avoir 500 personnes, c’est dans un auditoire », a-t-il rué dans les brancards.
Si le groupe AAC/Palu de Didier Mazenga parle d’une erreur matérielle, Steve Mbikayi ne s’évite pas à tacler André Mbata, qu’il accuse « s’arroger des pouvoirs qu’il n’a pas, induisant le président Tshisekedi en erreur ». « Au regard des réactions de Steve Mbikayi et Justin Bitakwira, on peut dire que la montagne a accouché d’une souris. Cette restructuration a créé plus de problèmes qu’elle n’en a résolu. L’objectif était d’apporter des solutions et une cohérence face à la déception perçue par le président de la République », a commenté le professeur Placide Mabaka Mukwabuhika, analyste politique congolais.
Il affirme qu’il y a des problèmes dès le départ, évoquant notamment le fait que Steve Mbikayi et Justin Bitakwira accusent le secrétaire permanent de cette formation de vouloir s’attribuer un costume trop grand pour lui.
Mais, quel est l’enjeu de cette restructuration avec un présidium à 40 ? C’est la question que tout le monde se pose. Pour l’analyste, le président Tshisekedi doit reprendre les choses en main et nommer un chef de l’Union sacrée. Placide Mabaka pense « qu’il faut une seule direction avec un commandement unique ».
Entre-temps, le contexte sécuritaire est tendu avec l’avancée du M23. Le président Tshisekedi, qui a annoncé vouloir former un gouvernement d’union nationale, tente de décrisper le climat politique avec la libération des opposants Jean-Marc Kabund, Seth Kikuni et Mike Mukebayi. Depuis, Désiré-Casimir Eberande Kolongele, son conseiller en matière de sécurité, mène des consultations discrètes avec des acteurs politiques. Même si l’opposition veut que les discussions pour un gouvernement d’union nationale se déroulent dans le cadre de l’initiative du tandem Cenco-Ecc, prônant un « Pacte social pour la paix ».
« Nous sommes dans une situation exceptionnelle, une situation de guerre. C’est pourquoi le président a proposé un gouvernement d’union nationale pour répondre à l’article 63 de la Constitution : le devoir sacré de défendre l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays. La formation de ce gouvernement ne tiendra pas compte des considérations politiques habituelles. Donc, cette reconfiguration de l’Union sacrée influencera peut-être la composition du gouvernement d’union nationale, mais pas autant que dans une situation normale. Je ne pense pas qu’on tiendra compte des poids politiques », estime le professeur Placide Mabaka.
Ephraïm Kafuti

