« Libanga »: l’envers du “caillou”

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Libanga en lingala désigne un caillou. Dans la musique, c’est un caillou pas comme les autres dont parle l’artiste musicien Bercy Mwana. Le titre de la chanson «Libanga», sortie le 20 juin dernier fait allusion aux dédicaces musicales.

Alors, «Libanga» raconte l’histoire de cette pratique qui a toujours existé dans la musique congolaise. Pratique qui consiste à chanter des personnes, citer des noms avec quelques superlatifs, soit pour les promouvoir ou en attendre une reconnaissance. En retour, les personnes citées dans la chanson ou pour lesquelles on compose même des chansons payent. Chant, dédicace, contre argent.

C’est de cette pratique dont parle l’artiste congolais Bercy Mwana.

« Libanga » a traversé les frontières congolaises pour se retrouver un peu partout dans les musiques africaines, notamment en Côte d’Ivoire. Au Sénégal aussi, durant les grandes fêtes ou cérémonies familiales, des griots qui chantent reçoivent quelques billets qui se perdent dans les mains ou dans les poches des boubous.

L’envers du décor

«Le Libanga a toujours existé dans la musique congolaise. Cela fait penser à des griots qui chantaient les louanges des rois ou exprimaient la reconnaissance envers une personne pour ses bienfaits, etc. Et en retour, le chef du village ou la personne glorifiée offrait un présent au griot», explique l’artiste musicien Lokua Kanza.

Bercy Mwana indique qu’a cause du Libanga certaines personnes ont vendu des parcelles, ont eu des conflits et se sont appauvries en cherchant de l’argent à donner aux musiciens pour qu’on les chante ou qu’on cite leurs noms. Même des couples ont volé en éclat. L’envers du Libanga.

“Ekueyisa ba mvuama, etekisa mapangu, eyibisa bilamba, ekotisa ba rando, ebomisa mabala…. Libanga”.

En fait, aujourd’hui le Libanga est venue polluer la musique congolaise, estime Jean-Goubald Kalala, un autre artiste musicien. «On n’exprime plus la reconnaissance envers une personne ou quoi. Aujourd’hui, le Libanga est  monnayé. On cite des noms de gens qui viennent payer de l’argent, alors qu’on ne les connait même pas. C’est parfois des listes toutes entières qu’on cite en vrac dans les oeuvres. Cela perverti la valeur artistique de la musique», explique le musicien, philosophe de la musique congolaise.

Pour Jean Goubald, cette pratique a aussi pris de l’ampleur à cause de la précarité dans laquelle vivent les artistes musiciens. Lui qui dénonce la pratique note que recourir au Libanga, “c’est comme allez écrire des noms sur la statue du batteur de tambour de la Foire internationale de Kinshasa. L’oeuvre sera pervertie et n’aura plus de sens, à proprement parler »déplore Jean Goubald.

Bercy Mwana qui s’est fait remarqué comme animateur notamment chez Félix Wazekwa, Ferré Gola, etc, a préféré ne citer aucun nom dans cette chanson pour ne pas s’attirer les foudres de ceux qui croiront qu’ils parlent d’eux.

Il reconnait avoir eu des soucis avec certaines personnes pour avoir pris leur argent sans citer leurs noms dans les chansons lorsqu’il était encore dans d’autres groupes musicaux. «Ce n’est pas de ma faute je n’ai pas chanté vos noms. Ce sont les chefs des orchestres qui ont gâché nos relations», se justifie Bercy Mwana dans cette oeuvre de 3minutes44. Seule, son pays la RDC, reçoit une dédicace spéciale.

Jacques Matand’

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