Le Niger a officialisé le haoussa comme langue nationale, une décision qui marque un tournant linguistique et politique.
Cette mesure, inscrite dans la nouvelle « Charte de la refondation » promulguée par le régime militaire dirigé par le général Abdourahamane Tiani, rétrograde le français au statut de « langue de travail ».
Cette réforme, publiée au Journal officiel le 31 mars, remet en question la Constitution de 2010 qui consacrait le français comme langue officielle, tout en reconnaissant les langues locales comme langues nationales. Désormais, l’article 12 de la Charte affirme la primauté du haoussa et place l’anglais et le français au rang de langues de travail. Neuf autres langues locales sont reconnues comme langues parlées.
Cette décision est significative compte tenu du paysage linguistique du pays. Bien que le haoussa soit la langue la plus parlée (parlant à 26 millions de personnes), le français n’est maîtrisé que par une minorité (environ 13% de la population).
Cette évolution s’inscrit dans un contexte plus large de quête de souveraineté et de distanciation vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale, la France. Le régime militaire, arrivé au pouvoir suite au coup d’État de juillet 2023, a déjà pris des mesures similaires, telles que le retrait du Niger de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
Le Niger emboîte ainsi le pas au Mali et au Burkina Faso, eux aussi dirigés par des juntes militaires, qui ont également relégué le français au statut de langue de travail. Ces trois pays, qui ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES) après avoir quitté la CEDEAO, affichent une volonté commune de rompre avec l’influence française, visible dans leurs décisions diplomatiques, militaires et symboliques.
La décision du Niger d’élever le haoussa au rang de langue nationale confirme donc une tendance régionale vers une affirmation identitaire et une redéfinition des liens avec le passé colonial. La Charte de la refondation, prévoit au moins 5 ans de régime militaire au pouvoir, durée modulable en fonction du contexte sécuritaire du pays.
Ephraïm Kafuti

