La Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) a rejeté les recours de Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, scellant leur exclusion de l’élection présidentielle ivoirienne de 2025.
La juridiction panafricaine, siégeant à Arusha, estime « qu’aucune violation de leurs droits n’avait été constatée, invalidant ainsi leurs espoirs de réintégrer la course électorale ». Les deux figures politiques avaient saisi la Cour, en 2020, pour contester leur radiation des listes électorales, conséquence de condamnations judiciaires prononcées en Côte d’Ivoire. Déjà écartés du scrutin de 2020 pour les mêmes raisons, Laurent Gbagbo et Guillaume Soro espéraient un arbitrage international favorable.
Selon cette Cour, l’ancien président ivoirien n’a pas « apporté la preuve » des violations invoquées. Elle affirme que l’État ivoirien n’avait pas porté atteinte à son droit de participer à la vie politique ni fait preuve de discrimination à son encontre.
Concernant Guillaume Soro, la Cour a déclaré son recours « irrecevable », soulignant que des voies de recours internes étaient encore disponibles au moment du dépôt de sa requête. L’ancien président de l’Assemblée nationale, actuellement en exil, est notamment poursuivi pour atteinte à la sûreté de l’État.
Cette décision finale contraste avec les mesures provisoires émises en septembre 2020, lorsque la Cadhp avait ordonné la réintégration des deux hommes sur les listes électorales. Toutefois, la Côte d’Ivoire avait retiré sa déclaration de compétence vis-à-vis de la Cour, affirmant que ses décisions portaient atteinte à sa souveraineté. Depuis, le gouvernement ivoirien ne reconnaît plus l’autorité obligatoire des arrêts de la Cadhp.
Malgré son acquittement à la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité, Laurent Gbagbo reste condamné en Côte d’Ivoire à 20 ans de prison. Il s’agit de l’affaire du braquage de la BCEAO lors de la crise postélectorale de 2010-2011. Guillaume Soro, quant à lui, a écopé de deux lourdes peines de 20 ans de prison. En 2020, il a été condamné pour détournement de fonds publics, puis à la perpétuité en 2021 pour tentative d’insurrection. Jusqu’à présent, ni le Parti des peuples africains Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo, ni les partisans de Guillaume Soro n’ont officiellement réagi à cette annonce.
Au-delà de ces deux poids lourds de l’opposition, d’autres figures majeures sont aussi exclues du processus électoral à venir. Tidjane Thiam, ex-directeur de Crédit Suisse, est contesté sur sa nationalité, tandis que Charles Blé Goudé, ex-bras droit de Laurent Gbagbo, reste inéligible en raison d’une condamnation nationale.
Ephraïm Kafuti

