RDC : «on doit penser à l’exclusion des confessions religieuses dans la gestion des affaires de l’État» (Placide Mabaka), deuxième partie

Nous publions ce mercredi 06 octobre, la deuxième partie de l’interview avec Placide Mabaka Mukwabuhika, analyste politique congolais, sur l’absence de consensus de confessions religieuses autour de la désignation du président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Placide Mabaka affirme qu’il faut penser à l’exclusion des confessions religieuses dans la gestion des affaires de l’État. En RDC, les leaders religieux n’ont pas trouvé de consensus malgré le délai ultime leur accordé par Christophe Mboso, président de l’Assemblée nationale.

Sahutiafrica : Parce que vous parlez de la crainte du contrôle de l’organe électoral. Qui veut contrôler cet organe ?    

Placide Mabaka Mukwabuhika : Le problème, c’est juste le contrôle de l’organe qui organise les élections. Le pouvoir en place comme l’opposition cherche à contrôler la CENI. Parce que la question est qu’on ait des élections transparentes et libres. Mais comme on n’a pas confiance, on craint qu’il n’y ait pas transparence. Chacun veille. Si on donne ça à l’opposition, le pouvoir en place ne sera pas content ou se méfiera de la crédibilité de résultats des élections. On est dans la méfiance mutuelle. Qui va contrôler quoi ? Tout est politisé. Même les confessions religieuses ont des accointances politiques. Tout le monde le sait. Si on veut dépolitiser, à mon sens, c’est justement pour l’avenir, il faut faire en sorte que si l’on maintient la CENI les modalités d’élection surtout du bureau change. Qu’on donne une autre légitimité qui serait une légitimité universelle, c’est-à-dire une élection au suffrage universelle des membres du bureau de la CENI. Qu’on laisse ça entre les mains soi-disant de la société civile, mais qui ne sera pas présentée par des partis politiques. C’est là que la CENI sera vraiment un organe indépendant et d’appui à la démocratie.

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SA : Aujourd’hui, on peut dire que les confessions religieuses seraient en train de jouer une carte politique ?

PMM : Je le dis tel que je le pense. Toutes les confessions religieuses jouent une carte politique. On le sait. Si ces confessions religieuses travaillaient dans l’intérêt général, je crois qu’on trouverait le consensus facilement. D’ailleurs, ce qui est étonnant, ils se disent des hommes ou des femmes de Dieu. Ce sont eux, qui représentent Dieu sur terre. Comment vous, qui devriez être l’exemple de la paix, de la concorde, de l’amour et de la sagesse, ne pouvaient pas trouver une solution pour aider la République. L’église devrait être au milieu du village, mais ici l’église n’est pas au milieu du village. Elle est d’une partie d’un côté. Une partie de l’autre. Qu’ils reviennent à Dieu. Qu’ils se souviennent qu’ils sont les serviteurs de Dieu avant tout. Et qu’il demande de leur donner encore cette sagesse à la Salomon pour que l’on aboutisse à une solution, qui aide la République à ce que lorsque l’organisation des élections en 2023 soit paisible, crédible et transparente. Qu’ils prient que le Saint-Esprit puisse les inspirer pour trouver ce consensus, pour qu’ils sachent quel est le meilleur candidat.

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SA : Avec ce blocage, y a-t-il un risque que les élections prévues en 2023 soient retardées ?

PMM : Je ne pense pas que ça puisse retarder les élections. Le bureau de la CENI n’est pas la CENI. Ce n’est que la direction. Moi, je pense s’il y a blocage, on peut même se passer du bureau de la CENI. On peut dans ce cas réfléchir sur d’autres modalités pour désigner un bureau ad hoc par consensus, si on veut comme on le dit. Mais en dehors des confessions religieuses.

SA : Et comment cela va se faire ?

PM : On peut trouver au parlement ou l’Assemblée nationale, qui a plus de légitimité que le Sénat. On peut trouver un moyen d’ouvrir par exemple un appel à candidature des gens selon leurs expériences. Et qui seraient élus sans considération politique. Mais sur base d’expériences seulement dans le domaine pour être désigné comme membre du bureau ad hoc et en prenant le peuple à témoin ou alors parce qu’ici, on aime bien faire intervenir des acteurs de l’extérieur, qu’on confie ça aux Nations unis qui serait l’église au milieu du village. Et qui permettrait le choix de personnes selon les modalités que je venais de donner en cas de blocage. Mais hors confessions religieuses.

Propos recueillis par Trésor Mutombo

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