Au Tchad, l’opposant Succès Masra, jeune leader du parti Les Transformateurs, a rencontré le président Idriss Déby, mardi 16 mars. Il affirme que le dialogue doit remplacer la présidentielle pour permettre une alternance au sommet de l’État. Dans une interview exclusive à Sahuti Africa ce jeudi 18 mars, Succès Masra affirme avoir demandé au président Déby de ne plus se présenter aux élections du 11 avril prochain. Au pouvoir depuis trois décennies, le président Idriss Déby Itno est candidat pour un sixième mandat.
SahutiAfrica: Monsieur Succès Masra qu’avez vous dit au président Déby lors de vos échanges?
Succès Masra: L’essentiel de ce que les Tchadiens demandent à travers ma modeste voix, est que la meilleure manière de permettre le décollage de ce pays, c’est de permettre une alternance au sommet de l’État et une transition qui va y arriver. Pour que cette transition ait lieu, il faut un dialogue en amont. Et donc, pour que cette transition ait lieu, il faut un dialogue en amont. Le dialogue doit remplacer les élections. L’élection ne peut pas avoir lieu dans les conditions actuelles. Donc, voilà le message clé. La population est arrivée au bout après toutes ces années de pouvoir du président Déby, 30 ans aujourd’hui.
SA: L’opposition et la société civile exigent l’alternance au sommet de l’État. Un dialogue pour repousser le scrutin ne serait-il pas un recul de la démocratie au Tchad ?
SM : Un recul de la démocratie? Évidement que non. Le mandat de monsieur Déby court jusqu’à août. Nous lui demandons en un mois que nous organisions le dialogue et que nous mettions sur pied une équipe de transition, qui sera le résultat de ce dialogue qui va avoir lieu en amont. Nous faisons confiance en l’intelligence de Tchadiens pour définir ce qu’ils souhaitent. Nous avons eu dans ce pays deux mandats de députés sans une élection. Voyez-vous? Ce qui était une incongruité. Le pouvoir législatif est aussi important que le pouvoir exécutif. Donc, il ne s’agit pas de créer un vide. Il s’agit plutôt de se réorganiser pour permettre un nouveau décollage. C’est vachement plus important que d’organiser une élection à laquelle, 10% de la population va participer et, qui va finir par créer des conditions d’une crise post-électorale que personne ne pourra maîtriser, parce que le pays deviendra ingouvernable. Nous voulons pas être des médecins après la mort. Nous voulons être de ceux qui alertent et qui proposent des solutions qui vont permettre au Tchad de sortir par le haut y compris monsieur Déby. En organisant l’alternance, les Tchadiens lui accorderont une place de choix dans le paysage, dans la vie de la nation pour l’avenir. Le moment est venu pour lui aussi de se reposer.
SA : En sollicitant un dialogue, n’avez-vous pas confiance dans la transparence et la crédibilité du processus électoral au Tchad ?
SM : Du côté du parti au pouvoir, ils disent que les élections ne peuvent être reportée qu’en cas de force majeure. Mais, il appartient à notre peuple et à la sagesse collective de savoir que le Tchad est dans un cas de force majeure. Parce que le pays est aujourd’hui invivable. Ça, c’est connu de tout le monde. Donc oui, les conditions de cas de force majeure sont là. Le président Déby lui-même le reconnait et nous en avons parlé. Il a reconnu devant tous les gouverneurs réunis que les fondations de la nation tchadienne sont aujourd’hui à terre. Je lui ai répété cela. J’ai appelé à un dialogue avant les élections à travers un message du 30 juin 2020 qu’il a suivi. Je suis allé lui dire sans intermédiaire ces choses-là.
La sagesse voudrait qu’il sorte par le haut. Et la meilleure façon de sortir par le haut est justement de permettre que l’alternance aille lieu. L’alternance ne veut pas dire qu’on va empêcher au parti de monsieur Déby d’être candidat. Mais monsieur Déby ne peut plus être candidat, parce qu’il a déjà tout donné, il a tout essayé. Quelqu’un d’autre de son parti peut venir dans un jeu démocratique, dans lesquelles toutes les conditions démocratiques sont réunies. Voyez-vous ? C’est ça l’avenir pour les Tchadiens et les Tchadiennes. C’est ça que le peuple attend.
SA: Le dialogue que vous demandez est comme un préalable avant les élections?
Le dialogue ne peut se résumer entre monsieur Déby et monsieur Masra. Le dialogue, c’est entre le peuple tchadien. L’ensemble du peuple tchadien doit se retrouver pour pouvoir dialoguer. Voilà l’enjeu de partenaires du Tchad, l’Union Africaine (UA), dont la RDC assure la présidence. Elle doit pouvoir nous aider là-dessus. Les Nations Unies qui ont demandé le dialogue doivent pouvoir nous aider là-dessus. Les partenaires de notre pays doivent nous aider là-dessus. Mais c’est le peuple tchadien qui doit se retrouver et dialoguer dans toute sa diversité. C’est ce que j’ai transmis à monsieur Déby. Qu’on se retrouve pour dialoguer et passer la main.
Propos recueillis par Trésor Mutombo

