En imposant des sanctions contre James Kabarebe, général à la retraite devenu ministre à la Coopération régionale, Washington veut mettre la pression sur Kigali pour son soutien aux rebelles du M23, soutenus par l’armée rwandaise, qui contrôlent Goma et Bukavu, principales villes de l’est de la RDC.
La décision américaine est tombée jeudi. Depuis, elle fait réagir. Le général Kabarebe n’est pas le seul. Les Etats-Unis ont aussi sanctionné Laurence Kanyuka, porte-parole du M23, qui possède une entreprise en France et en Angleterre. Mais pourquoi sont-ils ajoutés sur la liste noire du Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) ?
Selon les autorités américaines, James Kabarebe a orchestré le soutien de l’armée rwandaise au M23. Ces sanctions impliquent le gel des avoirs détenus directement ou directement par les entreprises visées aux Etats-Unis, mais aussi l’interdiction pour des entreprises basées aux Etats-Unis, ou des citoyens américains de faire le commerce avec M. Kabarebe au risque d’être sanctionnés à leur tour.
Cette décision va compliquer les échanges commerciaux des entreprises sous sanction. Ce qui pourra limiter leur possibilité d’utiliser le dollar dans leurs transactions, au risque de tomber sous juridiction américaine. Pour Bradley Smith, sous-secrétaire par intérim du Trésor chargé du terrorisme et du renseignement financier, cette action souligne l’intention de Washington de demander des comptes aux responsables et dirigeants clés, qui permettent les activités déstabilisatrices de l’armée rwandaise et du M23.
« Les Etats-Unis appellent les responsables rwandais à mettre fin à leur soutien au M23 et à respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC », a rapporté un communiqué du ministère américain des Affaires étrangères.
La veille, la représentante des Etats-Unis aux Nations unies a, lors de la réunion du Conseil de sécurité, affirmé que son pays est prêt à œuvrer pour des sanctions après plusieurs violations de cessez-le-feu par le M23 et leurs alliés rwandais, appelant au retrait de cette rébellion du territoire congolais. Mais cette décision a fait bondir Kigali qui dénonce des « sanctions injustifiées et infondées ». D’après Yolande Makolo, porte-parole du gouvernement rwandais, la communauté internationale devrait soutenir et non saper les efforts en cours dans la région pour trouver une solution politique.
Le nom de James Kabarebe est intimement lié aux deux guerres du Congo en 1996 et en 1998. Lorsque Laurent Désiré Kabila a déposé le président Mobutu, affaibli par la maladie en mai 1997, il nomme M. Kabarebe, patron des opérations militaires de l’AFDL, chef d’état-major.
Sur fond de brouille entre Kabila et Paul Kagame, cet officier rwandais retourne sa veste et mène des opérations contre le régime de Kinshasa lors de la deuxième guerre du Congo. Alors qu’il avait réussi à gagner le terrain jusqu’à arriver aux portes de Kinshasa, James Kabarebe et ses hommes avaient été déroutés après l’intervention des armées angolaise, namibienne et zimbabwéenne.
Après cette expérience non concluante, l’ancien aide de camp de Paul Kagame dans les années de la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR) a continué son ascension dans le système de défense du Rwanda. Il a occupé les fonctions de chef d’état-major, ministre de la Défense, mais aussi de conseiller du président Kagame sur les questions de sécurité.
Un rapport d’experts des Nations unies, attestant du soutien du Rwanda au M23, avait rapporté, en juin 2023, que James Kabarebe a conçu et coordonné les opérations de rebelles au Nord-Kivu. Pour Judi River, journaliste canadienne auteure d’un livre qui lève le voile sur les massacres perpétrés par le FPR, le président Donald Trump a tiré sa première salve contre le régime rwandais en sanctionnant le bras droit de Paul Kagame.
« Le général James Kabarebe est l’architecte de tant de souffrances au Congo. Il a été responsable de près de 30 ans d’atrocités, ayant dirigé les troupes rwandaises qui ont envahi le Congo en 1996 et ayant contribué à parrainer une série de milices depuis. Il a aidé à orchestrer cette dernière rébellion des rebelles du M23, qui tuent et terrorisent aujourd’hui les civils congolais », a-t-elle écrit dans un post sur le réseau social X.
La Rédaction

